Interventions miraculeuses


C’est l’une des rares expositions qui ont échappé au couperet tombé au début de 2011 sur les manifestations prévues pour célébrer en France l’année du Mexique : les ex-votos d’Alfredo Vilchis Roque, que nous montre la galerie Frédéric Moisan, située rue Mazarine. L’évènement réunit plus de 130 pièces est mené conjointement à l’exposition « Le musée-monde » au Louvre, dans le cadre de la programmation confiée à Jean-Marie Gustave Le Clézio.

Voici comment Hervé Di Rosa, qui a découvert le travail d’Alfredo Vilchis au marché aux puces de la Lagunilla, dans le centre de México, le décrit :

Alfredo Vilchis dans son atelier. Image du journal mexicain Milenio

« Alfredo Vilchis est aujourd’hui le représentant le plus talentueux d’une tradition très ancienne, celle des peintres d’ex-votos ou peintres de miracles (« milagros »), comme on dénomme ces petites peintures sur métal déposées par centaines dans les églises mexicaines, collectionnées par Frida Kahlo et Diego Rivera. Ces artistes du peuple, souvent autodidactes, réalisent sur commande des œuvres pour remercier vierges et saints d’un sauvetage miraculeux, d’une guérison inespérée, d’une blessure cicatrisée. Chaque petite peinture, composée d’une image et d’un texte, exprime toute la reconnaissance des humains frappés par des tragédies et sauvés in-extremis par l’intervention de la vierge de la Guadalupe ou d’autres innombrables saints protecteurs. Autrefois la famine, la guerre et la maladie, aujourd’hui la drogue, la prostitution, les enlèvements, le terrorisme, tous les grands et petits malheurs des Mexicains sont délicatement et minutieusement répertoriés.

Alfredo Vilchis est ainsi à la fois un confident pour ses commanditaires, mais aussi un témoin de son temps quand il fixe avec une habileté sans pareil ces petites scènes où la divinité intervient dans le quotidien. Aux marges de l’art sacré et aux marges de l’art contemporain, le « retablero » incarne pour moi toute la beauté et l’émotion de l’art modeste. J’ai rencontré Alfredo Vilchis en 2000 au marché aux puces de Mexico où il vendait encore ses œuvres, accompagné de ses fils, et je suis très fier d’avoir, avec le photographe Pierre Schwartz, simplement contribué à sa notoriété internationale avec le livre « La rue des Miracles » publié en 2003 par les éditions du Seuil.


Alfredo Vilchis a su vaincre l’anonymat des « retableros » (peintres de retables) grâce à son ingéniosité et sa personnalité hors du commun. Je me souviens de ses mots : « c’est un travail très beau mais très douloureux. Il faut le faire avec respect, ce n’est pas seulement pour l’argent, nous sommes des messagers des sentiments des gens ». Ses présentations à la galerie Frédéric Moisan et au Louvre par Jean-Marie Le Clézio sont une reconnaissance bienvenue pour tous les peintres inconnus qui continuent à tisser ce lien délicat entre le ciel et la terre. » Hervé Di Rosa

Les ex-votos évoquent une variété considérable de situations extrêmes : accidents de voiture ou de train, séismes, corridas, problèmes dus à l’alcool ou à la toxicomanie, conflits conjugaux… dans lesquels une personne mise en danger n’a pu être sauvée que d’une manière, stricto sensu, miraculeuse. Ils se présentent presque toujours de la même façon : le tableau montre les circonstances de l’événement ; en haut de la plaque, la Vierge de la Guadalupe, le Christ (sous la forme du « Señor de Chalma », objet de ferveur populaire) ou le saint concerné (saint François d’Assise, saint Jude Thaddée, patron des causes perdues, saint Sébastien…) lévitant au-dessus des personnages ; le bas de la plaque est occupé par une inscription calligraphiée racontant les faits, souvent datés, et la mention de l’auteur, « pintor del barrio ». Avec leur dessin naïf et leurs couleurs brutales, ils constituent un véritable microcosme du Mexique d’aujourd’hui.

Les problèmes de société ne sont pas évités ; plusieurs images représentent des prostituées demandant protection à la Vierge de la Solitude ; d’autres s’adressent aux anges gardiens pour protéger les enfants de la rue ou encore les récupérateurs qui écument les décharges d’ordures ménagères. Des couples homosexuels remercient saint Sébastien de pouvoir vivre leur amour au grand jour… Il y a aussi des ex-votos commémoratifs dédiés aux victimes du 11 septembre ou aux femmes assassinées à Ciudad Juarez. Enfin, l’artiste s’est représenté assis à sa table de travail, en salopette, tandis qu’au dessus de sa tête s’élève un véritable nuage de petits personnages récurrents…

Voir aussi : l’article du site Archéologie du futur ; celui des correcteurs du Monde ; celui de la Maison des Cultures du Monde. Images provenant des sites cités dans l’article.

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4 réflexions au sujet de « Interventions miraculeuses »

  1. Dominique, est-ce que vous parlez de la photo qui est tout en haut, en « bannière » ? Parce que si c’est le cas, je suis très flattée !!! C’est une photo que j’ai prise il y a deux ans en Auvergne – dans l’Aubrac pour être précise – un très beau paysage.

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