Un roman oulipien


 

C’est par hasard que j’ai acheté le roman de l’auteur espagnol Luis Romero (inconnu de moi à ce jour) intitulé La Noria – par hasard et pour avoir jeté un œil à la préface, due à Henri-François Rey. Romero, qui a disparu en 2009, était originaire de Barcelone et son livre, paru en 1951, se situe dans cette ville au début des années 1950. C’est le premier roman de Luis Romero, qui n’avait publié auparavant qu’un recueil de poèmes.

 

Ce que ce livre a de particulier, et ce pourquoi je le qualifie d’oulipien, c’est sa construction. En effet, il est constitué d’une quarantaine de chapitres courts (cinq à dix pages) mettant en scène des personnages successifs toujours différents, mais liés les uns aux autres, comme dans le film La Ronde d’Ophüls. Ainsi, le premier chapitre commence avec Dorita, prostituée qui, au petit matin, rentre chez elle en taxi ; le deuxième continue avec Manuel, le chauffeur de ce taxi ; en rentrant à son tour, Manuel réveille sa fille Lola, qui occupe le chapitre suivant ; Lola travaille dans une librairie où se rend Don Alvaro, un vieux professeur qu’on retrouve au chapitre 4 ; on passe ensuite à Francisco, un adolescent qui est un élève de Don Alvaro ; et ainsi de suite…

 

Contrairement aux apparences, ce n’est ni fatigant ni monotone : c’est même assez étonnant de voir comment Romero a diversifié les enchaînements, qui sont des variantes des relations que les gens peuvent avoir entre eux dans une ville : familiales, amoureuses, de voisinage, collègues de travail, commerçants et clients, etc. Le livre est essentiellement centré sur le discours intérieur des personnages, et leurs préoccupations sont souvent terre à terre, axées sur l’argent, par exemple, ou plutôt le manque d’argent, car ce sont pour la plupart des gens de peu, que Romero décrit avec une visible sympathie, en quelques traits significatifs.

 

L’auteur a écrit d’autres romans par la suite, ainsi que des récits historiques, et plusieurs livres consacrés à Salvador Dali.

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3 réflexions au sujet de « Un roman oulipien »

  1. Je n’ai pas lu le livre de Hervé Le Tellier, mais le principe de celui de Romero me semble beaucoup plus simple : on observe A qui croise B, on continue avec B qui rencontre C, et ainsi de suite. La différence majeure, c’est aussi que chez Romero chaque personnage n’intervient que dans le chapitre qui lui est consacré.

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