Je me souviens de Dersou Ouzala

Dersou Ouzala donne le feu,
l’amitié,  la magie du chaman.

J.M.G. Le Clézio

Dans le cadre de la programmation confiée par le Louvre à Jean-Marie Gustave Le Clézio pour ce mois de novembre figure la projection de plusieurs films, parmi lesquels Dersou Ouzala que je suis allée revoir samedi 5 novembre. Dersou Ouzala est un film réalisé par Akira Kurosawa, sorti en 1975, d’après le livre homonyme de Vladimir Arseniev, publié en 1923.

Le fleuve Oussouri (image Wikipedia)

Portrait de Vladimir Arseniev

Ce film culte relate l’improbable mais très forte amitié entre un chasseur sibérien et un topographe russe au tout début du XXe siècle. Il est tiré du récit autobiographique de l’officier-topographe Vladimir Arseniev, chargé par l’armée tsariste de faire le relevé de terres alors encore inexplorées en Sibérie, dans la vallée de l’Oussouri, tout près de la frontière chinoise. Au cours d’une expédition, à l’été 1902, Arseniev rencontre Dersou Ouzala, un chasseur golde (les Goldes, peuple vivant aux confins de la Sibérie et de la Chine, sont également appelés Hezhen, Hezhe, Nanaï ou Samagir), qui connaît la taïga comme sa poche. Dersou devient le guide de l’expédition et se prend d’amitié pour Arseniev qu’il appelle respectueusement « Capitaine ». Lorsque tous deux s’égarent au crépuscule dans une zone balayée par un blizzard, c’est Dersou, grâce à son ingéniosité, qui leur sauve la vie. L’expédition terminée, chacun repart de son côté.

Cinq ans plus tard, alors qu’il dirige une nouvelle expédition dans la taïga, Arseniev retrouve par hasard Dersou. Le vieil homme redevient son guide ; jusqu’au jour où il tire sur un tigre de Sibérie qui rôde autour de l’équipe. Dersou blesse l’animal sans le tuer, présage de malheur chez les Mongols. À compter de ce moment, Arseniev assiste impuissant à la transformation de son ami : celui-ci vieillit, sa vue baisse tellement qu’il ne peut plus chasser pour assurer sa survie et en devient presque aigri. Dersou se résout finalement à accepter l’asile que lui offre Arseniev dans sa propre maison, à Khabarovsk.

Le vrai Dersou Ouzala. Photo prise par Arseniev vers 1902-1907. Wikipedia

Loin de la taïga, et malgré l’affection que lui porte la famille Arseniev, Dersou dépérit, ne supportant pas les règles de la vie citadine. Il implore alors le capitaine de le laisser repartir dans sa forêt. Arseniev accepte à contrecœur et lui offre en cadeau d’adieu un très bon fusil. Quelque temps plus tard, l’officier est prévenu par la police que le cadavre d’un vieil homme a été retrouvé non loin de la voie ferrée du Transibérien, et qu’il doit venir l’identifier avant qu’il soit enterré sur place. Il reconnaît alors le corps de Dersou, qui a été probablement tué par un bandit, car le fusil a disparu. Lorsque Arseniev, longtemps après, revient sur les lieux où son ami est enterré, la tombe a été détruite et les arbres coupés pour construire une ville. (Résume adapté d’après Wikipedia)

Je ne sais pas si ce film est ou n’est pas représentatif de l’œuvre de Kurosawa, que je connais fort peu (je pense n’avoir vu que Les Sept Samouraï, et il y a fort longtemps). Mais peu importe, car le film tient debout tout seul et il est magnifique. C’est d’abord la vision de la nature sauvage qui est montrée dans toute sa puissance, dans cette région extrême de la Sibérie, à toutes les saisons. C’est ensuite l’histoire d’une amitié, effectivement improbable car entre deux personnages qui ont si peu en commun, sauf l’essentiel, l’amour de cette nature sauvage. Amitié qui ne passe guère par les mots, ce qui ne nous empêche pas de la percevoir.

C’est enfin le personnage de Dersou Ouzala lui-même, ce petit bonhomme bourru et courageux, fidèle à lui-même jusqu’à la mort. On voit par les photos du véritable Dersou prises par Arseniev que l’acteur incarnant Dersou Ouzala lui ressemble très fortement.

« La relation entre l’être humain et la nature va de plus en plus mal… (NDLR : et on n’était encore qu’en 1975 !) Je voulais que le monde entier connût ce personnage de russe asiatique qui vit en harmonie avec la nature… Je pense que les gens doivent être plus humbles avec la nature car nous en sommes une partie et nous devons être en harmonie avec elle. Par conséquent, nous avons beaucoup à apprendre de Dersou.» (Akira Kurosawa)

Image du film

Cerise sur le gâteau, nous avons eu droit à une présentation de Dersou Ouzala par Jean-Marie Gustave Le Clézio himself, qui a estimé que ce film « laisse un souvenir impérissable ». On ne peut qu’être d’accord !

Source des illustrations :
le portrait d’Arseniev provient d’un site russe qui lui est consacré, l’image du film du site Laterna Magica.

Il existe un site international des amis de Dersou Ouzala ! C’est de là que provient l’affiche ci-dessous.

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7 réflexions au sujet de « Je me souviens de Dersou Ouzala »

  1. Le programmateur vous a gâtés :-).
    Mais…
    mais…
    … que nous dites-vous là, Elisabeth? de Kurosawa, vous ne connaissez que Dersou Ouzala et les Sept samourais? Mais il faut tous les voir! Ceci dit, Dersou Ouzala et les Sept samourais, c’est un bon début.
    Puisque l’occasion m’en est donnée, je vous signale ce billet: http://tororoshiru.blogspot.com/2011/03/le-mont-fuji-en-rouge-sur-reves-dakira.html
    Dans ce billet, j’essayais de faire partager mon amour pour un des derniers flms de Kurosawa, « Rêves ».
    A vrai dire, « Rêves », c’est un peu le-film-de-Kurosawa-que-les-gens-qui-aiment-Kurosawa-n’aiment-pas. Raison de plus pour le conseiller à ceux qui, ne le connaissant pas, pourront l’aborder sans attente particulière!

  2. Moi aussi je me souviens de ce film vu dans les années 80. Il m’arrive même d’y repenser, tant l’impression qu’il m’avait laissée a été forte.

    ps: ne le dites à personne, mais à part Dersou Ouzala et les Sept Samouraïs, je n’ai pas vu les autres films de Kurosawa non plus.

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