La mémoire roumaine de Gilles Saussier

 

Le mois de novembre n’a guère de charmes ; on va vers l’hiver ; les jours raccourcissent obstinément ; on n’est pas forcément émus par le beaujolais nouveau. Non, un des rares agréments du mois de novembre à Paris, c’est (tous les deux ans) le Mois de la Photo, qui se déploie en manifestations de plus en plus nombreuses et diverses.

 

D’une promenade dans quelques galeries du Marais, en ce début de mois, je garde la meilleure impression de l’exposition du photographe Gilles Saussier qui se tient à la galerie Zürcher. Dans cette exposition intitulée Sinea, indique la galerie, « Gilles Saussier dévoile les séries d’un projet en cours centré sur l’exploration de la région natale de Constantin Brancusi, où fut érigé aux pieds des Carpathes, dans la ville de Tirgu Jiu [NDLR : ou Targu Jiu ?], le seul ensemble monumental du sculpteur » avec la Colonne sans fin en fonte de près de 30 m de haut, inaugurée en 1938.

 

Sinea (ateliers de Petrosani), 2011

 

« Avec Sinea, Gilles Saussier poursuit son interrogation croisée de l’histoire contemporaine de la Roumanie et de celle de la sculpture moderne, de Brancusi au minimalisme. Comme dans Studio Shakhari bazar (2006) ou Le Tableau de chasse (2010), Saussier part de faits réels enfouis et d’éléments d’enquêtes de terrain – en particulier ici un véritable scoop : sa découverte d’un clone de La Colonne sans fin fabriquée en 2001 par les repreneurs privés de l’usine où elle fut fabriquée en 1937 (2) – ainsi que de séries antérieures d’images, dont il s’empare pour recomposer l’histoire et construire de nouveaux monuments à la manière des spolia de l’antiquité. Cette nouvelle spolia documentaire propose une méditation sur l’Art et la Révolution, la culture des matériaux chère aux constructivistes (la faktura) et l’érosion de la mémoire ouvrière et paysanne. »

 

 

L’exposition décline ces thèmes en un nombre limité d’images, qu’elle montre à la fois en petits et en grands formats. Il s’agit de voir, entre autres, l’emprise humaine sur un paysage, avec l’usine désaffectée des Ateliers mécaniques de Petrosani (la seule montrant un être humain, ouvrier au repos), où fut fabriquée la Colonne sans fin de Brancusi ; le monde du charbon avec la ville minière de Petrila ; la rivière Jiu dont les pierres ont nourri le chantier de construction du chemin de fer ; et quelques images des campagnes proches du village natal de Brancusi, Hobita.

 

Images simples et dépouillées, empreintes d’une mélancolie profonde, celle qui s’attache aux choses pour toujours disparues. Lignes rigides des structures industrielles érodées par l’usure et la destruction. Gamme de couleurs sourdes, celles du métal, de la rouille et du bois. Dans l’usine de Petrosani, quelques chiens errants, la tête levée, interrogent le destin.

 

Le Chien est un loup pour la colonne, 2011

Images provenant de la galerie Zürcher

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