Pour commencer

Si le chien est le plus méprisé des animaux,
c’est que l’homme se connaît trop bien pour pouvoir apprécier
un compagnon qui lui est si fidèle.

Cioran

Il vient parfois un moment dans la vie où on se dit que cette fois, il faut aller au charbon, il n’y a rien d’autre à faire. Ce doit être quelque chose de ce genre que pense Oliver quand il range et vide la maison de son père qui vient de mourir : c’est la première séquence du film Beginners, de Mike Mills. Oliver est un « adulescent » un peu tardif, à 38 ans, avec comme seul repère son métier de graphiste-illustrateur et la bande de copains qui gravite autour de l’atelier où ils travaillent.

Oliver avec son papa !

La disparition du père ravive le souvenir d’Oliver (joué par Ewan McGregor, l’écrivain de Ghost Writer) : il y a cinq ans, après la disparition de son épouse, ce septuagénaire a fait son coming-out. Le fils n’a pas de problème majeur avec l’homosexualité de son père, mais cette révélation l’a mis en face du jeu des apparences (dans ces conditions, qu’était réellement le mariage de ses parents et leur vie familiale ?) et de l’aspiration de chacun à trouver sa véritable identité (qu’en est-il pour lui-même ?)

Ce dont il a hérité aussi, c’est du chien du papa, un fox-terrier « Jack Russell » répondant au nom d’Arthur, qui a son propre avis sur les problèmes d’Oliver et dont les réflexions, pour nous les faire partager, apparaissent à l’écran en sous-titres en italiques. Je ne suis pas dogolâtre (plutôt chat dans la vie réelle), ni trop amateur des chiens anthropomorphisés au cinéma, mais ici le dosage est juste bon et Arthur est irrésistible. Désormais lui et Oliver ne se quittent plus et le fils est, de ce fait, constamment confronté à l’image de son père.

Le film alterne les flash-backs sur la fin de vie du père (joué par Christopher Plummer, excellent) et le présent, où Oliver vit une histoire d’amour – parfois un peu trop mièvre – avec une jeune fille française, Anna (Mélanie Laurent), venue aux USA faire l’actrice et s’ingénie à saboter leur relation. Le plus réussi est contenu dans le non dit, par exemple dans ce que le réalisateur (lui-même graphiste, peintre, réalisateur de clips et de spots publicitaires) fait passer dans les petits croquis faussement maladroits d’Oliver.

Oliver avec son chien !

« Le détachement, c’est aussi une sensibilité hyper-développée aux signes du monde mais une difficulté de produire une réponse à ces signes », écrit Jean-Marc Lalanne dans Les Inrockuptibles. « Clairvoyant mais imperturbablement muet, sans autre réaction qu’intérieure, tel va Oliver (et c’est peut dire qu’Ewan McGregor est extraordinaire dans ce jeu à combustion lente). (…) Si seulement ce qui se passe dans les têtes (des hommes, des chiens) arrivait à en sortir, la vie laisserait des empreintes moins amères. Beginners les relève avec un beau soin et une grande délicatesse. »

Sensibilité, fantaisie, sur fond de mélancolie plus noire qu’il n’y paraît, le cocktail doux-amer a bon goût.

PS – J’ai été intriguée par l’acteur jouant le rôle du boy-friend du père, cherchant à l’identifier, jusqu’à ce que je reconnaisse Goran Visnjic, bien connu des amateurs de la série Urgences.

Images Allociné

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