Jimmy P., la chronique d’une thérapie

 

Arnaud Desplechin est incontestablement un cinéaste exigeant, passionné par sa forme d’expression, et qui tout en conservant des thèmes récurrents (tels que la maladie mentale) renouvelle constamment ses sujets de films. Il se passe facilement trois ou quatre ans entre la sortie de ses films – en fait aujourd’hui cinq ans depuis son Conte de Noël, qui m’avait moins convaincue que Rois et reine (2004) ou Ester Kahn (2000). Mais j’ai trouvé son nouvel opus, Jimmy P., absolument passionnant.

Le vrai Devereux, vers 1932 (image Wikipedia)

Le vrai Devereux, vers 1932 (image Wikipedia)

Tourné aux États-Unis (Montana et Kansas), Jimmy P. est l’adaptation du livre Psychothérapie d’un Indien des plaines, publié en 1951 par l’ethnopsychanalyste Georges Devereux. Le livre relate la thérapie avec Devereux, en 1948, de l’Indien Jimmy Picard, de la tribu des Blackfoot, ancien combattant de la  Seconde Guerre mondiale. C’est un face à face avec dans les rôles principaux les acteurs Mathieu Amalric et Benicio del Toro. Desplechin s’attache à montrer comment les deux hommes s’apprivoisent mutuellement et cheminent à la fois vers la guérison du patient et vers une véritable amitié.

Ce film m’a d’autant plus intéressée que j’avais lu il y a quelques mois l’autobiographie de Tobie Nathan, Ethno-roman (éd. Grasset, 2012), dans laquelle il est beaucoup question de Devereux qui avait été le maître de Nathan. Dans un article écrit pour la revue La Faute à Rousseau (n°62, février 2013), je notais alors :
« Il [Tobie Nathan] se montre très tôt passionné par la psychanalyse, convaincu de sa vocation. Mais il tâtonne encore quelques années jusqu’à la rencontre avec le fondateur de l’ethnopsychiatrie, Georges Devereux – un professeur original, voire excentrique, « anarchiste de droite », ayant des idées originales sur chaque concept freudien. Lorsque Tobie Nathan lui rend visite, en 1971, pour lui demander d’être son directeur de thèse (thèse portant sur les communautés sexuelles post-soixante-huitardes), ils passent ensemble la journée entière, au terme de laquelle Devereux l’adoube : « Tu seras mon successeur »… Huit ans plus tard, Nathan créera à l’hôpital Avicenne de Bobigny, dans le service alors dirigé par le professeur Serge Lebovici, la première consultation d’ethnopsychiatrie en France — consultation dont les principes seront ensuite adoptés par de nombreuses structures en France et à l’étranger. L’ombre du professeur Devereux plane sur tout le livre de son élève, dont l’imprégnation se révèle par cet aveu : « Je n’ai ni aimé ni détesté Devereux ; ne l’ai adulé ni méprisé. Il était devenu pour moi comme une fonction intérieure, la grammaire implicite de mes paroles. »

 

(image Allociné)

(image Allociné)

Jimmy P. relate la rencontre entre deux fortes personnalités, et deux acteurs tout aussi dissemblables, Benicio del Toro avec sa puissance et Mathieu Amalric tout en finesse. Le fait que tous les deux, dans un film parlant anglais, ne manient pas leur langue maternelle, m’a sans doute aidée à rentrer encore mieux dans leur dialogue.

 

 

Une réflexion au sujet de « Jimmy P., la chronique d’une thérapie »

  1. Bonsoir, Tu te trompes complètement sur Devereux et Toby Nathan. Le premier n’était même pas analyste, aucune formation, et contester Freud après l’année 1935 est le signe d’une peur noire de ce qui fonde l’être, et de la théorisation fondamentale de Freud, pour la remplacer par des sentiments, de l’affect primaire, quand au second il poursuit depuis des années une campagne anti freudienne des plus imbéciles… « L’ethno-psychiatrie »…. Et pourquoi pas la « régionalie-thérapie « ???? Les corses, les basques, les bobos parisiens, les alsaciens, les bretons…. Et les suisses anglais bien sûr….. Triste de lire ça.
    Salut.

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