Le regard de Raymond Depardon


Raymond Depardon a réalisé des reportages photographiques et des documentaires remarquables sur des pays lointains, mais c’est aussi un des photographes qui ont le plus et le mieux regardé et donné à voir l’image de la France dans les dernières décennies du 20e siècle et en ces années 2000. En particulier, il a scruté l’évolution du monde rural : on se souvient entre autres de ses Profils paysans… L’exposition qui vient de commencer à la BNF (pour une fois, j’y suis allée dès le début) sous le titre de La France de Raymond Depardon en témoigne aujourd’hui.

Depardon avec sa chambre mystérieuse

« Pour la BNF à Paris, le photographe a répondu à une commande publique ambitieuse : dresser un état des lieux photographiques du territoire français, à l’aube du 3e millénaire. Il est parti sur les routes pendant 6 ans, de 2004 à aujourd’hui, deux à trois mois par an, pour photographier la France des bords de mer, de l’arrière-pays, et de l’intérieur. 70.000 kms parcourus, 21 régions, 65 départements traversés. Cet infatigable reporter, avec son camping-car et un appareil qu’on appelle une chambre photographique, un écran de 20 cm sur 25, s’est installé dans l’espace public de petites villes ou de zones périurbaines. Au final, 7000 négatifs dont il a tiré 36 immenses formats argentiques, de 1,60 m sur 2 m, auparavant longuement retravaillés au numérique. 36 photos aux couleurs vives, accrochées très serrées, dans une salle close, une sorte de plongée frontale dans un territoire français qui nous est familier. » (article de France Info)

 

« J’ai visité des lieux très différents, où parfois l’histoire n’a rien de commun d’un “pays” à un autre, dit le photographe. Cette distance que je me suis imposée, techniquement et formellement, m’a permis de passer au-dessus des spécificités régionalistes et d’essayer de dégager une unité : celle de notre histoire quotidienne commune. »

« Au noir et blanc contrasté, à la profondeur de champ vibrante d’humanisme de ses œuvres antérieures, il préfère ici la frontalité à la chambre, la couleur, la lumière unique, neutre, délicate et sensible. Les humains s’éclipsent parfois, mais il photographie en premier le paysage et poursuit sa recherche : « observer les traces de la présence de l’homme qui par son intervention au fur et à mesure de l’histoire a modifié le territoire. » (présentation par la BNF)

 

 

Ces grands formats déclenchent de fortes impressions. Les couleurs sont souvent vives, voire criardes. Les images sont généralement vides de personnages : il me semble que ce que le photographe a voulu montrer, c’est plutôt l’évolution d’un paysage que celle d’une société, même si l’une reflète l’autre. Ce sont des vues de petites villes et villages, quelques images de campagne, beaucoup de carrefours.

 

Au sortir de la grande salle et de cette immersion totale dans les images du territoire français, on accède à des espaces plus resserrés, où l’on peut découvrir les influences dont se réclame Depardon : Walker Evans et Paul Strand, avec leurs images de la « ruralité américaine », mais aussi Atget et Wyeth.

 

Un aperçu des travaux antérieurs de Depardon sur le territoire français (photos en noir et blanc de Corse, Alpes Maritimes, Nord/Pas-de-Calais…) et de son travail dans le cadre de la fameuse mission photographique lancée en 1984 par la Datar.

 

Et aussi des traces de son parcours pour cette nouvelle collecte, avec ses cahiers de repérages (une trentaine de « cahiers de travaux pratiques » grand format, marque Oxford ou Le Conquérant), cartes, agendas…

 

NB : Le livre qui sort en même temps sous le même titre que l’expo n’est pas un simple catalogue, il contient des images beaucoup plus nombreuses et diverses.

 

— En contrepoint : voir aussi l’exposition « France 14 », le long de l’allée Julien Cain de la BNF – les projets de quatorze jeunes photographes qui montrent les « territoires pluriels » de la France et ses diversités.

 

 

source images

 

 

 

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5 réflexions au sujet de « Le regard de Raymond Depardon »

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  2. Bonjour,

    Juste pour vous signaler que sur votre photo, Depardon ne pose pas avec sa chambre (comme vous l’avez sous-titré), mais avec une caméra 16 ou 35 mm, aaton à priori. On peut remarquée l’oeilleton à visée reflex, ainsi que le blimp en cuir (atténuant le bruit du défilement de la pellicule) permettant une meilleure prise de son.

    Bien à vous.

    François

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