Le passage d’Hermès

C’était dans un faubourg de Syros, en descendant des hauteurs d’Ano Syros pour retourner vers la ville portuaire d’Ermoupoli. Le temps était incertain, les nuages menaçants. Au fronton de ce bâtiment délabré, désaffecté, l’inscription s’étalait, déjà dangereusement attaquée par la rouille et l’érosion : ΕΡΜΗΣ, c’est-à-dire HERMÈS. J’ignore si c’était autrefois une salle de cinéma, de spectacle ou tout autre lieu qui aurait pu être placé sous le signe du dieu du commerce et des voyageurs. (Il est vrai que toute la ville se situe dans son brillant sillage : Ermoupoli signifie « la ville d’Hermès »). Aucun autochtone n’étant apparu pour lui poser la question, le mystère demeure entier.

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Une déclaration

Le graffiti n’est pas forcément un objet urbain. En témoigne celui-ci que j’ai recueilli à Syros, sur un rocher de la colline surplombant la plage de Galissas. On y lit (je traduis pour ceux qui ne pratiquent pas la langue de Séféris) : « Maria je t’aime ». Elle lui a peut-être répondu sur un autre rivage…

Choses de Syros

1. En prenant le bateau, comme la météo était menaçante (7 à 8 beauforts annoncés), je me suis souvenue machinalement qu’en général, la mer n’était pas vraiment mauvaise avant que l’on ne dépasse le cap Sounion et, plus encore, le Cavo d’Oro (officiellement dénommé cap Kafireas, à la pointe sud de l’Eubée), au-delà duquel le vent s’engouffre librement dans le passage vers le nord de la mer Egée.

Le phare du Cavo d'Oro

Marque Stamatelakis : Loukoums aux amandes de Syros

2. Comme autrefois, à l’arrêt de Syros, des marchands ambulants de loukoums et de nougats montent à bord pendant la (très courte) escale, avec leurs paniers couverts de toile cirée blanche. Les loukoums sont contenus dans des boites de carton blanc épais, aux coins presque arrondis comme ceux des maisons cycladiques. Les nougats sont ronds et plats, de la taille des blinis, enveloppés dans des papiers blancs imprimés de bleu.

3. Dans le hall de l’hôtel, la reproduction d’un tableau célèbre de Tsarouhis, qui représente un jeune marin assis à une petite table avec une tasse de café turc et un verre d’eau. Mains croisées, il regarde le spectateur, d’un air pensif et un peu triste.

source images : Cavo d’Oro= DR,  loukoums, Tsarouhis = Wikipedia.


Des goûts et surtout des couleurs

Je ne sais pas combien d’îles il existe en Grèce, mais cela se doit chiffrer en centaines, même si l’on ne compte que celles qui sont habitées. Ainsi, même si j’en visite une nouvelle chaque année (ce qui n’est même pas le cas), je ne risque guère d’en venir à bout… Ces derniers jours, je suis allée pour la première fois à Syros. Dans une autre existence, j’étais souvent passée par Syros, en route pour d’autres destinations, mais je me m’y étais jamais arrêtée.

Syros est l’une des principales îles et le centre administratif, la préfecture des Cyclades ; elle semble avoir moins d’attraits touristiques que ses voisines, Tinos, Paros et surtout Mykonos. Comme la plupart des Cyclades elle a connu environ trois siècles de domination vénitienne (dont les toponymes gardent la trace), puis autant d’occupation turque. Au moment de la guerre d’indépendance de 1821, elle était placée sous protectorat français, en raison semble-t-il du nombre des catholiques parmi sa population (attesté par la fréquence des églises catholiques dans cette île pour un pays majoritairement orthodoxe) .

Alors que d’autres îles s’en tiennent au « look » blanc intégral, les maisons de Syros déclinent sur leurs murs toute la gamme des jaunes et des ocres, et certaines vont même jusqu’à des oranges et des pourpres qui sont plus fréquents au Mexique qu’en Europe. La capitale, Ermoupoli, s’orne de bâtiments néoclassiques où le jaune pâle est associé aux bordures blanches d’une manière tout à fait italienne, et la place centrale (ci-dessous), nommée Place Miaoulis pour honorer l’un des héros des luttes d’indépendance, ne manque pas d’allure, avec son magnifique hôtel de ville construit en 1876 par l’architecte allemand Ernst Ziller.

Couleurs bien plus intenses avec les énormes buissons des bougainvillées, violets mais aussi rouge carmin, orange, rose sombre et même jaunes, une rareté. Et le long des routes de campagne, partout des épanchements irrésistibles de lauriers-roses et des explosions de géraniums. On rangera du côté pastel les nuances délicates des pâtes de loukoums, parfumés à la rose, à la bergamote, à la pistache et couverts d’une impalpable poudre de sucre.

(photos de l’auteur – CP ancienne de Wikipedia)