Eternité du roman


« Le roman ne peut plus prétendre nous informer sur la façon dont le monde est fait ; il doit et peut cependant découvrir la façon, les mille, les cent mille nouvelles façons avec lesquelles notre insertion dans le monde se dessine, exprimer au fur et à mesure les nouvelles situations existentielles. » Italo Calvino

Italo Calvino dans sa petite enfance à Cuba, où il est né en 1923

Calvino, auteur italien mort en 1985, a pris ses distances avec les formes classiques du roman ; il a fortement puisé dans la symbolique de la fable et du conte, et il a été un membre actif de l’Oulipo (dont il est devenu, si je ne me trompe, l’un des premiers membres étrangers) après avoir traduit en italien les Fleurs Bleues de Raymond Queneau.

Il ne nous en a pas moins laissé un recueil intitulé Pourquoi lire les classiques (coll. Points) où Xenophon, Dickens et Balzac côtoient des noms plus inattendus : Jérôme Cardan, le Vénitien Giammaria Ortes (que j’ignorais totalement, je l’avoue) ou Tiran le Blanc, « premier roman de chevalerie ibérique ». Le roman dit « classique » est toujours à redécouvrir ; le roman en général, loin d’avoir épuisé sa substance, représente une forme assez souple – que l’on songe à tous ses avatars depuis l’émergence de ce « concept » – pour accommoder toutes les manières d’être au monde qui cherchent à se dire. J’en saurai un peu plus sur le roman, toutefois, le jour où j’aurai réussi à en écrire un.

A lire : Un article de Jacques Jouet, L’homme de Calvino

Image : site italien Internet Culturale

Femmes étroitement tenues

De Christine Jordis, j’avais lu avec grand plaisir et intérêt l’essai intitulé De petits enfers variés, où elle analysait avec une grande perspicacité les romancières anglaises contemporaines. Aussi quand j’ai vu qu’elle avait écrit elle-même un roman, je me suis précipitée.

Robert Bereny : Girl Reading (Anna) - vers 1846 - source : Lettura Web

Robert Bereny : Girl Reading (Anna) - vers 1846 - source : Lettura Web

Argumentaire de Un lien étroit :

Devenir une femme adulte, libre, avoir « une chambre à soi », quand on aime un homme de nature possessive et qu’on est encore emprisonnée dans les rets d’une éducation victorienne, est une gageure. C’est celle que soutient la narratrice de cette histoire, qui se déroule en Angleterre, aux États-Unis et surtout à Paris, entre les années soixante-dix et aujourd’hui.
À Londres, elle a rencontré Paul, qui va devenir son premier mari. Un homme entier, absolu, qui vit sa passion dans une volonté de fusion, sans comprendre que ses exigences étouffent peu à peu l’être aimé. Comment préserver sa liberté intérieure quand l’autre conçoit l’amour comme un partage exclusif ? Comment exister par soi-même tout en répondant à l’exigence amoureuse ? Vivre en couple, n’est-ce pas vouloir surmonter des contradictions insolubles ?
À travers ses propres tentatives, la narratrice réfléchit sur l’absolu de l’amour et les difficultés du mariage, sur le bouleversement dans les attitudes au cours de trois générations successives. Une histoire contemporaine du couple. Un roman sur le temps, l’usure, et le besoin d’être soi – d’écrire.

Bon, tout cela, ce sont de vraies questions qui sont posées, de celles sur lesquelles nous les femmes on se « prend la tête » volontiers. D’où vient donc que je n’ai pas « accroché » à ce livre ? Il est intelligent, subtil, bien construit, avec une alternance harmonieuse de récit et de réflexions. Mais il manque quelque chose, je ne sais pas trop quoi. Il me semble abstrait, les personnages (surtout le fameux Paul) m’ont paru inconsistants. Faute de détails concrets, peut-être, ou de dialogues, il y en a fort peu. Ce n’est pas une question de principe, je m’en balance s’il y a des dialogues ou pas, la seule chose qui compte, c’est que ça fonctionne : comme le Whatever Works de Woody Allen (« n’importe quoi, pourvu que ça marche »). Et là, ce n’est pas vraiment le cas. C’est dommage, j’aurais voulu aimer ce roman !