Romain Gary, le flamboyant

La vérité est peut-être que je n’existe pas.
Ce qui existe, ce qui commencera à exister peut-être un jour,
si j’ai beaucoup de chance, ce sont mes livres,
quelques romans, une œuvre, si j’ose employer ce mot.
Tout le reste, c’est de la littérature.
Romain Gary

Trente ans après sa disparition par suicide, le 2 décembre 1980, le Musée des lettres et manuscrits fait revivre à travers ses écrits Romain Gary, « l’homme aux deux Goncourt, héros, diplomate, écrivain, cinéaste, grand reporter, séducteur et sublime mystificateur ». De La Promesse de l’aube à La Vie devant soi, sont rassemblés quelques 160 documents, photographies, lettres autographes, manuscrits et textes inédits. On y découvre notamment les manuscrits ou tapuscrits corrigés d’une trentaine d’œuvres, qui s’étendent de 1958 à 1980.

« On est fasciné, à la vue de ces milliers de pages, par cette furia créatrice. Les manuscrits de premier jet, comme celui de La Vie devant soi, témoignent d’une sorte de transe : les mots s’y bousculent à la vitesse de la pensée », note Gérard Lhéritier, président du Musée des lettres et manuscrits. L’écriture (au sens physique) de Gary est fluide, rapide, bouillonnante, on dirait un torrent qui se précipite à travers la page. « J’écris ou je dicte sept heures par jour, dans n’importe quelles conditions et n’importe où, je ne pourrais pas supporter le monde sans ça », disait-il.

L’expo commence avec un panneau, un grand collage de photos (notamment de Jean Seberg, son épouse de 1962 à 1970) provenant de son bureau, avec au centre une lettre du ministère des Affaires Etrangères barrée de la mention « Et voilà ! Adieu, quai d’Orsay ! »

On peut y voir également le tapuscrit de son tout premier livre, La Geste grimaçante, confié au musée par son fils Diego. Un gros cahier noir portant une étiquette autographe : « Ce manuscrit de mon premier roman écrit à l’âge de dix-sept ans ne doit pas être publié. Romain Gary, 16.XII.1979 »

Un autre livre n’a jamais vu le jour et j’en ignorais l’existence. En 1969 Romain Gary commence à écrire (en anglais) un roman resté inédit et inachevé, Greek, qui raconte l’histoire d’un jeune Américain chercheur de trésors. Le héros, Billy Joe, un nageur exceptionnel, utilise ses capacités sportives pour accéder à de petites îles grecques et s’introduire dans de riches villas où il dérobe des objets anciens précieux. La première phrase : « He never stayed on one island more than a month or two, the time to know the place, and before the locals got to know you too well. » (« Il ne restait jamais dans une île plus d’un mois ou deux, le temps de connaître l’endroit avant que les gens du cru ne s’intéressent à vous de trop près. » Traduction bricolée par mes soins.) Je serais bien curieuse de connaître la suite et la manière dont Gary voyait la Grèce…

Dans le fameux « questionnaire de Proust », à la question « Ce que je voudrais être », il avait répondu : « Romain Gary, mais c’est impossible. »

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Quelques liens

Des photos à voir ici.

En février dernier, le groupe de l’Œil Bistre avait consacré sa séance de lecture à Romain Gary.

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Romain Gary, l’insaisissable

« Il n’y a pas de démocratie, de valeurs convenables
sans cette épreuve de l’irrespect, de la parodie,
cette agression par la moquerie que la faiblesse
fait constamment subir à la puissance. » Romain Gary

Février vient de démarrer et le prochain café littéraire de l’Œil Bistre, animé par Marc Le Monnier, aura lieu le dimanche 14 février (oui, le jour de la saint Valentin…) et sera consacré à Romain Gary.

Enchanteur, Mangeur d’étoiles, Clown lyrique ; c’est à travers les titres de ses romans que Romain Gary se dévoile. Ce « cosaque un peu tartare mâtiné de juif », constamment à l’étroit dans sa peau d’homme, écrivain, diplomate, cinéaste, héros de la  » France libre « , avait une volonté à la fois psychique, esthétique et éthique de l’invention de soi. Au fil des voyages, des romans, des identités, il cherche à se multiplier, se diversifier afin d’embrasser la totalité de l’expérience humaine.

Romain Gary en 1975 - image MAHJ

Un singulier personnage, ce Gary, insaisissable, versatile, nomade, toujours prêt à adopter une autre défroque – ce dont témoigne cette parole : « Où aimeriez-vous vivre? – Partout à la fois et dans tous, d’un million de vies. » Ce qui l’a conduit notamment à cette incroyable aventure littéraire sous le nom d’Emile Ajar, qui nous avait considérablement impressionnés dans les années 70, avec tous ses rebondissements, ses fausses révélations, (Paul Pavlowitch, « l’homme que l’on croyait »…), ses vrais secrets.

Epris avant tout de liberté, soucieux de dignité humaine, macho exaspérant, séduisant saltimbanque, et grand styliste maniant à merveille l’humour noir et la dérision.

Dimanche 14 février, à 17 heures, au café « L’Apostrophe », 23 rue de la Grange-aux-Belles, 75010 Paris  (métro : Jacques Bonsergent ou Colonel Fabien). Tél :01 42 08 26 07

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PS du 4/2/10. Pour un avant-goût de ces lectures : voir le billet publié aujourd’hui par Valclair.