Dire adieu à « Jibé »

Nul ne peut s’arranger avec la mort.
Mais chacun de nous trouve une issue
pour s’arranger avec les morts.
(J.B. Pontalis, Traversée des ombres)

J’aurais bien aimé commencer l’année 2013 sur ce blog avec autre chose que ce qu’on appelle si élégamment dans la presse une « nécro »… mais le calendrier me l’a imposée, même si, pour raison de voyage, je n’ai appris la nouvelle qu’avec plusieurs jours de retard. C’est Jean-Bertrand Pontalis qui est mort le 15 janvier dernier, mort le jour de son anniversaire (89 ans) – une particularité que j’ai toujours considérée comme une sorte d’accomplissement.

N’ayant étudié ni la philosophie, ni la psychologie, je n’ai pas utilisé son fameux dictionnaire ; par contre j’ai lu et aimé quelques-uns de ses livres hybrides, si riches de réflexions : L’Enfant des limbes, Fenêtres, Traversée des ombres… Je souscris volontiers aux paroles de Christophe Grossi se disant « prêt à le remercier pour ce que m’ont déjà apporté ses pas de côté, sa pensée rêvante, sa prose poétique, son œuvre ouverte, son écriture si précise… »

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Le site Fabula signale qu’« un volume d’entretiens avec J.B. Pontalis paraît ces jours-ci aux éditions de l’Olivier sous le titre Le Laboratoire central – Entretiens, 1970-2012, en même temps qu’un essai co-signé par le psychanalyste avec E. Gómez Mango: Freud avec les écrivains (Gallimard), où les deux auteurs examinent ce que la psychanalyse, et tout particulièrement son fondateur, doivent à la littérature. Rappelons à cette occasion la parution en 2007 du volume collectif Le royaume intermédiaire. Psychanalyse, littérature, autour de J.-B. Pontalis, sous la direction de J.-M. Delacomptée et F. Gantheret (Folio Essais) ».

— Un autre article relatif à Pontalis sur ce blog : « Écrire de soi »

PS le 24 janvier -Revoir JB Pontalis : sur le site de la BNF

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Écrire de soi

Loin des débats futiles sur l’autofiction et autres billevesées germanopratines, le psychanalyste et écrivain « Jibé » Pontalis poursuit son travail d’écriture. Démarche qu’éclaire un entretien récemment publié (interview par Marine Landrot dans Télérama n° 3111 du 27/8/09) :

« – Dans l’essai qui vous est consacré, Le Royaume intermédiaire, Jean-Michel Delacomptée dit que vous pratiquez ‘l’autographie’. Ce mot vous plaît-il ?
– Ça me plaît d’autant plus que je crois que, un peu imprudemment, c’est moi qui ai inventé ce terme. Contrairement à l’autobiographie, qui consiste à parler de soi, l’autographie, c’est le je qui s’écrit sans se prendre comme objet. On est dans le mouvement même de l’écriture. Le je s’écrit, il ne se décrit pas, il ne s’objective pas. Il fait entendre sa propre voix mais pas forcément en parlant de lui. L’autographie, c’est ‘j’écris en mon nom’, mais je ne me regarde pas dans un miroir. »

Je me suis interrogée sur ce terme d’autographie. La Wikipedia ne connaît d’autographie qu’un « procédé d’imprimerie du début du XIXe siècle permettant de transposer sur une pierre lithographique des dessins réalisés sur un papier spécial avec une encre grasse ». Et Larousse idem : « Transfert sur une pierre lithographique des traits tracés sur un papier dit ‘à report’, à l’aide d’une encre grasse ; reproduction ainsi obtenue. » On trouve davantage de références à l’autographie dans les sphères de la psychiatrie et de la psychanalyse : voir par exemple cet article.

Le lot à Entraygues - août 09

Le Lot à Entraygues - août 09

« On est fait de mille autres. L’illusion, c’est le moi qui prétend être un », disait-il déjà en 2006 dans un entretien au Monde. Et dans son livre Fenêtres (Gallimard, 2000) : « L’analyse, le rêve, l’écriture : trois mouvements actifs qui me déprennent du moi-même. Le moi s’y perd, le je s’y trouve. » Pourquoi chercher autre chose ?