Les mystères de Paris

Le Parisien s’étonne que tout ne soit pas
partout comme à Paris,
et le Français, comme en France.
Balzac

 

Passant l’autre jour en autobus à Denfert-Rochereau, je vois par la fenêtre une plaque apposée sur un des bâtiments publics qui se trouvent au sud de la place : « Ville de Paris – Unification de l’heure – Centre horaire ». Diable ! Que fait-on donc là-dedans ? Le bâtiment a l’air passablement inutilisé… et en quoi consiste l’unification de l’heure ?

Je n’ai rien trouvé sur le site de la mairie de Paris, mais c’est peut-être que je m’y prends mal. Pas évident non plus de trouver un document expliquant clairement à des béotiennes comme moi la question de l’unification de l’heure : ce que j’ai trouvé de plus clair, c’est un article de Lucien Baillaud dans la Revue d’histoire des chemins de fer. Si j’ai bien compris (ce qui n’est pas sûr à 100 %), c’est seulement en 1891 que l’unification horaire s’est faite en France au niveau national et en 1911 que la France s’est alignée sur l’heure internationale. La loi du 9 mars 1911 annonçait en effet « le ralliement masqué à l’heure de Greenwich, retardant l’heure légale de 9 minutes et 21 secondes par rapport au méridien de Paris ». Et il n’y a pas si longtemps que le processus s’est achevé : « L’heure légale de la France était presque identique à celle de nos voisins ; il s’en fallait de quelques centièmes de seconde, négligeables pour la vie courante et pour les horaires des trains. Cela a duré jusqu’à la loi de 1977 qui définit l’heure légale d’après l’heure « UTC ». La loi française n’a jamais mentionné le nom détesté de Greenwich. L’honneur national est sauf, et les responsables des chemins de fer ont obtenu l’unification de la notation du temps. »

Ça n’a pas été facile non plus de trouver une photo de la plaque en question… finalement j’en ai trouvé une sur le blog d’un étudiant suédois en visite à Paris, Peter Olson, qui donne de nombreux détails (en anglais) sur les bâtiments entourant le carrefour de Denfert-Rochereau.

Un conte parisien

L’homme est une créature prédestinée à exister
dans son époque, même si ce n’est pas là
qu’on rigole le plus. Woody Allen


Je n’avais pas vu de film de Woody Allen depuis Whatever Works, il y a deux ans bientôt. J’ai un peu traîné les pieds avant d’aller voir ce Minuit à Paris (dont bizarrement, pour une fois, le titre est traduit ; les voies de la distribution cinéma sont impénétrables) mais je m’en suis trouvée bien. Ce n’est pas un grand film ; mais c’est un film plaisant, léger, plein d’une bonne humeur communicative. On ne rit pas à gorge déployée (pourtant… il y a un gag avec Gad Elmaleh absolument irrésistible), mais on sourit très souvent.

On sourit dès la séquence d’ouverture, où l’on a droit à une promenade à travers tous les paysages parisiens les plus stéréotypés, tous les passages obligés du touriste le plus élémentaire. Et encore en découvrant le personnage principal, Gil, un jeune apprenti écrivain en visite à Paris avec sa fiancée et les parents de celle-ci, couple caricatural d’Américains partisans des Républicains tendance Tea Party ! La fiancée, elle, est ravissante, mais très désireuse de faire rentrer son futur époux dans le rang, de gommer toutes ses tendances à la fantaisie et de le faire travailler comme scénariste à Hollywood (où il gagne de l’argent) plutôt qu’à écrire un roman improbable. Mais Gil est passionnément amoureux de Paris, et surtout du Paris des années 1920 où il aurait aimé vivre, avec toute sa constellation d’écrivains et d’artistes.

La suite est un conte, avec tous les ingrédients du conte. Gil est une sorte de Cendrillon à l’envers qui, aux douze coups de minuit, est emmené par une magnifique citrouille limousine  vers l’époque et les rencontres (Scott Fitzgerald, Hemingway, Picasso…) dont il rêve, se voyant « né trop tard » dans le monde du 21e siècle. Owen Wilson est excellent et, comme Larry David dans Whatever Works, il a attrapé la diction si particulière qui était celle de Woody Allen quand il interprétait ses propres films. Mention spéciale pour Adrian Brody qui ressuscite un Salvador Dali plus vrai que nature. Happy end de rigueur, mais on n’en voudra pas pour autant à Mister Allen.

Gil (Owen Wilson) rencontre Adriana (Marion Cotillard), égérie des années 20