Au commencement était le rêve


Ce qui me fait si lent à bâtir,
si temporisateur est l’étrange manie
de vouloir toujours commencer par
le commencement.
Paul Valéry

Inception, film de Christopher Nolan

Synopsis : Dominic (Dom) Cobb est un voleur expérimenté – le meilleur qui soit dans l’art de l’ « extraction » : sa spécialité consiste, avec l’aide de son équipe de spécialistes, à s’approprier les secrets les plus précieux d’un individu, enfouis au plus profond de son subconscient, pendant qu’il rêve. Très recherché pour ses talents dans l’univers trouble de l’espionnage industriel, Cobb est aussi devenu un fugitif traqué dans le monde entier et qui a perdu tout ce qui lui est cher. Mais une ultime mission pourrait lui permettre de retrouver sa vie d’avant – à condition qu’il puisse accomplir l’impossible : l’inception. C’est-à-dire, en s’introduisant dans son mental par la voie du rêve, d’implanter une idée dans l’esprit d’un individu. Il se lance… (Au départ synopsis d’Allociné, compacté et trafiqué par mes soins).

Ces quelques lignes ne résument que ce que l’on découvre durant les cinq premières minutes du film. Ensuite, franchement, c’est très compliqué. Par curiosité, j’ai jeté un œil sur les critiques « spectateurs » du site Allociné, et constaté qu’elles se partagent entre ceux qui, comme moi, se sont pris la tête pour suivre les péripéties pendant 2 h et 28 minutes, et les petits malins qui ont tout compris au premier regard et estimé l’affaire d’une simplicité biblique (soit dit en passant, la Bible, c’est souvent pas si simple.) Mais la question n’est pas là. « Finalement ici, il importe peu de savoir comment ça fonctionne — comment les personnages, dans ce futur de science-fiction sans gadgets, parviennent à pénétrer le rêve d’autrui : seul compte ce qui fonctionne », dit très judicieusement Arnaud Maïsetti.

« Construite sur le principe des histoires en abyme, obligeant ces étranges espions à imaginer les décors déroutants de leurs plongées oniriques et à emboîter plusieurs rêves les uns dans les autres, cette intrigue est de nature à combler les tenants du spectacle à l’hollywoodienne, écrit Jean-Luc Douin dans le Monde. Truffée d’effets spéciaux, elle donne lieu à des jeux de miroirs (NDLR : au sens littéral) sous le métro aérien parisien, une poursuite échevelée dans les ruelles de Mombasa au Kenya, des constructions virtuelles qui s’écroulent, des pieds de nez à l’équilibre, marches au plafond, combats en apesanteur, final à la James Bond, suspense crispant. »

Commençons par ce que l’on peut reprocher au film : des longueurs – surtout dans la partie finale, dans l’ « hôpital » ( ?) de montagne -, des incohérences (joyeusement pointées par un blogueur qui écrit sous le pseudo d’Odieux Connard  – son article est désopilant) et un monde onirique somme toute bien sage, à part que les bâtiments y ont une nette tendance à s’écrouler à chaque instant. Plus intéressant : la relation amoureuse que Dom (DiCaprio est très bien) entretient avec son épouse défunte, Mall (Marion Cotillard n’est pas mal). (Les prénoms des personnages sont vraiment moches !) On découvre à la fin pourquoi Dom se laisse tourmenter et, au niveau du boulot entrepris, mettre des bâtons dans les roues par ladite épouse. En ce sens, d’ailleurs, DiCaprio n’est pas loin de son personnage de Shutter Island.

Il y a dans Inception des éléments qui rappellent Matrix, notamment les épisodes où les membres de l’équipe, endormis, sont actifs ailleurs dans le monde du rêve, avec les difficultés parfois rencontrées pour les ramener dans le monde réel. Je vois aussi que certains lorgnent du côté de Lynch, mais ce dernier applique des méthodes bien plus subtiles et nous « balade » avec beaucoup plus de maîtrise. Dans l’ensemble, Inception reste un film plaisant à voir, bien joué – les seconds rôles sont excellents, par exemple Cillian Murphy, le beau gosse de Le Vent se lève, dans le personnage de l’héritier de l’empire industriel – et plutôt spectaculaire, et il n’est pas interdit d’aimer ça ; j’ai trouvé très belles les scènes en apesanteur, et celles où la mer se mêle aux architectures urbaines.

(Images Allociné)