Des gens sans nom

J’avais envie de cinéma et j’ai hésité un moment sur le choix du film. J’étais tentée par les Herbes folles de Resnais mais le film venait juste de sortir et j’ai craint une affluence excessive. J’ai donc décidé d’aller voir Sin Nombre, film américano-mexicain qui n’avait rien de commun avec mon choix précédent : un premier film, un réalisateur et des acteurs inconnus de moi.

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Suédois par sa mère, japonais par son père, américain de naissance, Cary Joji Fukunaga a tourné son premier film en Amérique centrale. Pendant des mois, il a recueilli le témoignage de victimes ou d’anciens membres des gangs qui sévissent dans la région. Il a aussi partagé le quotidien des émigrés clandestins. De ce riche matériau documentaire qu’il a converti en fiction, il tire un film fort et pessimiste. Une oeuvre au noir, hantée par des personnages traqués, cherchant coûte que coûte à s’arracher à leur condition.

Au Mexique, un jeune homme enrôle un gamin des bidonvilles dans un gang aux moeurs sanglantes, la Mara. Pendant ce temps-là, une adolescente originaire du Honduras monte clandestinement à bord d’un train en direction des Etats-Unis. En rébellion contre la Mara, le garçon en fuite croise la fille sur la route de son exil…  Mathilde Blottière (Télérama, 24 octobre 2009)

 

Comment on dit « no future » en espagnol ? Car il n’y aura pas de happy end et quel que soit le moyen choisi par les personnages pour essayer de s’en sortir, leur tentative, on le voit très vite, est vouée à l’échec. Plus triste encore que le destin des deux héros, celui du gamin qui est recruté au début du film : Benito, dit Smiley, un gosse de douze ans, tout au plus, peut-être moins. Une sorte de Gavroche mexicain. Que deviendra-t-il, on n’en sait rien, mais contraint à tuer dès son entrée dans le gang, comment fera-t-il pour porter ce poids ?

 

Le film est par moments incroyablement dur et j’avoue avoir plusieurs fois détourné les yeux. Savoir qu’il reflète la réalité – et non les fantasmes « gore » de quelque cinéaste hollywoodien – rend ces images encore plus insupportables. Le contraste apporté par les magnifiques paysages mexicains (sans exotisme hors de propos) ne fait qu’accentuer le désespoir suscité par le film de Fukunaga. Au-delà du destin particulier de tous ces gens « sans nom », c’est aussi le procès de tout un système, planétaire désormais, où la prospérité des uns ne peut exister qu’assise sur la misère des autres.

 

Image : Allociné