Poème de circonstance

"Yoshitsune and Benkei Viewing Cherry Blossoms", par Yoshitoshi Tsukioka, 1885 (image Wikipedia)

Comme c’est bientôt le printemps
J’ai voulu faire un poème de circonstance
Un poème juste en quelques stances
Un poème de printemps
Je me suis dit c’est l’affaire d’un instant
Je vais mettre des petits oiseaux, des fleurs, des feuilles aux arbres
Rien qui soit taillé dans le marbre
Des giboulées de mars et des cerisiers en fleur au Japon
Je ne dirai rien du froid en pays lapon
Plutôt le passage de la ligne d’équinoxe
Quand l’hiver est KO au combat de boxe
Quand on célèbre les vertus de l’obsidienne
Au pays où l’étrangeté est quotidienne
Mais à mesure que je déroulais mon parchemin
Je me demandais si j’étais dans le bon chemin
Et je me suis dit ma fille, laisse tomber
Pas besoin de tortiller tes rimes à la noix
Le printemps, ce n’est pas quelque chose à écrire
C’est plutôt à vivre et à chanter et à rire
(Si on peut)

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Souffrances en Flandres

 

 

C’est un étrange objet que le film de Lech Majewski, Bruegel, le moulin et la croix, inspiré du tableau de Brueghel l’Ancien Le Portement de Croix. Ce tableau associe en fait deux thèmes picturaux : d’une part le Portement de Croix, de l’autre, une anticipation de la Déploration – donc dans un télescopage temporel. Les acteurs de ces deux scènes sont entourés d’une multitude de personnages accessoires, faisant l’objet d’un travail de création aussi attentif que les scènes chrétiennes elles-mêmes.

Lech Majewski, metteur en scène, scénariste, réalisateur, producteur, peintre et poète américano-polonais est l’auteur d’une douzaine de films, de trois opéras et cinq pièces de théâtre. En 1995, il travaille avec Julian Schnabel en tant que scénariste sur le film Basquiat qu’il coproduit, où David Bowie joue le rôle d’Andy Warhol. En tirant son inspiration de la peinture, il n’en est pas à son coup d’essai ; il a déjà réalisé en 2004 sur le même principe The Garden of Earthly Delights (Le Jardin des délices) d’après Jérôme Bosch. Pour ce nouveau film (réalisé en 2009 mais sorti fin décembre 2011 en France), il a collaboré avec avec l’historien d’art Michael Gibson.

Le chef d’œuvre de Pieter Brueghel l’Ancien représente la Passion du Christ, située dans les Flandres du milieu du 16e siècle, époque où la région passe sous obédience espagnole. Le film de Majewski se concentre sur une douzaine de personnages choisis parmi les centaines de ceux qui figurent sur cette vaste toile (170 x 124 cm) et dont les histoires s’entrecroisent tout en réincarnant les grandes figures de la Passion. Parmi eux le peintre lui-même (interprété par Rutger Hauer), son ami et collectionneur d’art Nicholas Jonghelinck (Michael York), et la Vierge Marie (Charlotte Rampling).

Autoportrait de Pieter Brueghel l'Ancien - vers 1565

Pieter Brueghel l’Ancien a mené une vie brève (de 1525 environ à 1569) dans un monde dangereux. L’occupation espagnole des Pays-Bas, devenus territoire espagnol en 1549, prend une tournure particulièrement répressive avec la nomination en 1566, par Philippe II, de Fernando Álvarez de Toledo y Pimentel, duc d’Albe, comme gouverneur des Pays-Bas, avec le titre de vice-roi, investi d’un pouvoir absolu pour réprimer les velléités d’indépendance exacerbées par les dissensions religieuses. Entré dans Bruxelles à la tête de l’armée espagnole le 22 août 1567, il y établit, sous le titre de Conseil des troubles, un tribunal qui déploie tant de rigueur qu’on ne le désigne plus que sous le nom de Conseil de sang. Ce sont les officiers (mercenaires) de l’armée espagnole que l’on voit répandus à travers le tableau, et le film, cavaliers vêtus de leurs costumes rouge vif.

Bruegel, le moulin et la croix invite le spectateur à reconstituer la gestation du tableau, à partir des dessins préparatoires du peintre, qui s’en explique (de manière un peu artificielle) auprès de son ami (et commanditaire ?), nous aidant à décrypter le langage des symboles qu’il utilise. Le peintre se voit comme l’araignée, invisible, mais enchaînant tous les éléments les uns aux autres à l’aide de sa toile. Ainsi, comme dans la plupart de ses autres œuvres, Bruegel prend soin de dissimuler l’évidence en détournant l’attention vers d’autres points. Alors que le Christ portant sa croix se trouve au centre – au sens propre comme au sens figuré – du tableau, il est noyé au milieu d’une multitude de personnages apparemment indifférents, voire ignorants de ce qui se passe. C’est ainsi, explique Bruegel, que s’exprime la quintessence de la souffrance, par le fait qu’elle passe inaperçue aux yeux des autres. Il vise aussi à montrer que seul l’art est capable de saisir le moment éphémère pour l’immortaliser.

Il y a quelque chose de fascinant dans la manière dont les personnages de Majewski sortent littéralement du tableau pour venir s’animer, ou dont nous entrons nous-mêmes dans l’image peinte. Cela étant, j’ai trouvé le film inégal. Le moulin, construit au sommet d’une étrange protubérance rocheuse, surplombant la plaine, joue un grand rôle ; le meunier, du haut de son perchoir, figure le Créateur lui-même – ceci n’étant pas une interprétation fantaisiste de ma part, mais la parole même de Brueghel relayée par Majewski. Mais l’absence de personnalité des personnages les transforme en allégories. Le plus gênant reste toutefois la complaisance apparente avec laquelle le réalisateur s’attarde sur des scènes de maltraitance, voire de torture. Au final, le film n’est pas sans intérêt et l’originalité de la forme reste inconstestable.

En savoir plus :

Le monde des Mayas

Voici le récit du moment où tout était en suspens,
tout n’était que calme et silence ; tout était immobile,
tout était tranquille et l’immensité du ciel était vide.

Popol Vuh, Livre sacré des Mayas

On a beaucoup parlé des Mayas ces derniers temps à propos de la fameuse prédiction annonçant de grands changements, voire la fin des temps, pour le 21 décembre 2012 (certains disent le 11 décembre), date supposée de la fin d’un cycle du « compte long » du calendrier maya, parfois interprétée comme la fin de ce calendrier, et donc comme une prédiction de fin du monde. Il existe même tout un ensemble de croyances engendrées par les interprétations new age du calendrier et des mythes mayas, on appelle cela le mayanisme. Franchement, je trouve plus intéressants le passé et l’histoire des Mayas…

Vas anthropomorphe en céramique, Uaxactun, Basses Terres, vers 250-550

L’occasion d’en savoir plus sur ce passé est fournie par l’exposition Maya, de l’aube au crépuscule, du musée du quai Branly (jusqu’au 2 octobre prochain). A travers plus de 150 pièces exceptionnelles, appartenant aux collections du Museo Nacional de Arqueología e Etnología du Guatemala, et pour la plupart jamais sorties de leur pays d’origine, l’exposition propose de découvrir les Mayas, l’une des trois grandes civilisations qui ont marqué l’histoire de l’Amérique précolombienne. Elle met en avant les dernières grandes découvertes archéologiques sur plusieurs sites récemment étudiés – notamment El Mirador, sélectionné en vue d’une nomination au patrimoine mondial de l’Unesco.

Tête en stuc, Cancuen, Basses Terres, vers 550-800

C’est une des plus anciennes civilisations d’Amérique : ses origines remontent à la préhistoire et les premières constructions mayas ont été datées du 3e millénaire av. J.-C. D’importantes cités-États mayas des Basses-Terres du Sud, telles que Copán, Tikal ou Palenque, ont connu un niveau de développement élevé entre le VIe et le IXe siècle de notre ère, avant d’être abandonnées vers le 9e siècle. D’autres cités subsistèrent alors dans les Basses-Terres du Nord et les Hautes-Terres du Sud, avant d’entrer en décadence puis de disparaître (pour des raisons qui ne sont pas encore clairement élucidées) au 16e siècle, peu après la conquête espagnole. Le domaine maya s’étend sur plusieurs pays, le Guatemala formant sa partie centrale : ils étaient présents aussi au sud-est du Mexique (États du Tabasco, Chiapas, Campeche, Yucatán et Quintana Roo), au Belize et dans les extrémités ouest du Honduras et du Salvador.

De nos jours, une large part de la population rurale du Guatemala, du Yucatán et du Belize descend des Mayas et parle une des 28 langues mayas (5 millions de locuteurs dont la moitié pour le quiché parlé au Guatemala). Cette présence est évoquée dans l’exposition par une série de photos montrant notamment des fêtes comme celles de Rabinal Achi (Danse du Tambour) ou de Paabank.

Mais l’essentiel de l’exposition est constitué par des objets en céramique, coquilleage, os, jade, obsidienne, des bijoux, des statues et stèles en stuc ou en pierre, provenant des grands sites d’exploration archéologique. El Mirador est un site maya de l’époque préclassique situé dans le département du Petén, dans le Nord du Guatemala, à quelques kilomètres de la frontière mexicaine, au milieu d’une forêt pluviale dense. Le penchant des Mayas pour les fastes architecturaux apparut vers 600 av. J.-C. avec la construction de pyramides massives à El Mirador.

El Mirador, en pleine forêt du Petén

Les archéologues ne sont arrivés là que dans les années 1930, mais le site était connu des chicleros qui parcouraient la région à la recherche de chicle (gomme du sapotillier, matière première du chewing-gum). Ils lui ont donné son nom : « El Mirador », le « poste d’observation » en espagnol, car du sommet de ses pyramides on embrasse toute la région environnante. On doit également aux chicleros le nom des principales structures du site : « Tigre » (jaguar), « Danta » (tapir) ou « Monos » (singes hurleurs). Les mêmes animaux qui se retrouvent fréquemment dans l’iconographie des objets mayas…

Frise du Popol Vuh

C’est en faisant des recherches sur le réseau de collecte des eaux à El Mirador que l’équipe de l’archéologue américain Richard Hansen, de l’université de l’Idaho, a découvert en 2009 une frise sculptée représentant le mythe créateur des Mayas, décrit dans leur livre sacré, le Popol Vuh. « C’était comme de retrouver la Joconde dans les égouts », a déclaré Hansen à l’époque. Le panneau de stuc remontant au 2e siècle av. J.C. représente les jumeaux du mythe, Hunaphu and Xbalanque, nageant dans le monde souterrain pour y retrouver la tête coupée de leur père.

Beaucoup d’objets exposés proviennent aussi de Tikal, l’un des plus grands sites archéologiques et centres urbains de la civilisation maya précolombienne, également situé dans le bassin du Petén. Tikal était la capitale d’un État conquérant qui fut l’un des royaumes les plus puissants des anciens Mayas. C’est l’une des mieux connues des grandes cités mayas des basses terres, grâce à la transcription d’une longue liste de rois, dont pour la plupart on a découvert les tombes, ainsi que leurs sculptures monumentales, leurs temples et leurs palais. Comme les Egyptiens, les Mayas ensevelissaient leurs souverains avec les insignes de leur pouvoir et de leur richesse afin qu’ils puissent prolonger leur vie dans l’au-delà.

Page de la "Relación de las Cosas de Yucatán", où Diego de Landa explique l'alphabet maya

Une vidéo expose le décryptage de l’écriture maya, système logosyllabique qui compte environ 800 signes. Un premier pas dans la compréhension de ces glyphes a été franchi avec la redécouverte de l’ouvrage de Diego de Landa, un inquisiteur espagnol du 16e siècle, qui avait tenté d’établir un syllabaire. Mais les étapes les plus décisives de ce travail sont dues à l’abbé Charles Étienne Brasseur de Bourbourg et à Ernst Föstermann qui, dans les années 1880, a étudié le Codex de Dresde et reconstitué le fonctionnement du calendrier maya. Ensuite sont venus au 20e siècle les travaux de l’épigraphiste russe Youri Knorosov et de l’archéologue canadien David Kelley.

Exposition que j’ai donc trouvée passionnante, bien que je conserve les mêmes réserves que j’ai déjà exprimées au sujet de la gestion des espaces dans le musée du quai Branly. Les Mayas se retrouvent en mezzanine dans des lieux confinés et dès qu’il y a une vingtaine de personnes dans une salle, on se marche dessus. C’est bien dommage…

Source images :
Frise Popol Vuh : Mirador Basin Project
Site El Mirador : Destination 360
Page Diego de Landa : Wikipedia
Photos de l’expo : de l’auteur

PS du 15 septembre

Une équipe de spécialistes mexicains a découvert les restes d’un palais Maya vieux de 2000 ans dans un site archéologique, à Ocosingo, au sud-est de l’état du Chiapas.

« Cette découverte constitue la première preuve architecturale d’une occupation précoce des anciennes cités mayas au-dessus du bassin Usumacinta, » dans la jungle Lacandone, a précisé l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH) dans un communiqué.

Le directeur du projet, Luis Alberto Martos, a expliqué que cette nouvelle découverte a été faite dans une cour encaissée située dans la partie nord du site archéologique du Plan d’Ayutla et représente la première preuve d’occupation de cette zone entre 50 av. JC et 50 ap. JC. Martos a ajouté que les premières preuves concrètes de l’occupation maya de cette région remontaient, auparavant, à seulement 250 ap. JC. D’autres détails ici : site « Découvertes archéologiques« 

Le théâtre libérateur de Dario Fo

« Tu sais ce que c’est l’horizon ? Voilà, tu ne dois pas avoir peur,
la route est toujours là, il suffit de savoir la voir.
En ce moment nous sommes dans l’obscurité, je te l’accorde,
nous sommes ou nous devrions être assommés,
parce que c’est ainsi qu’ils nous veulent. Et c’est vrai que
nous le sommes un peu. Il ne faut pas perdre sa boussole et sa lucidité.
Souvenons-nous que tout dépend de nous, toujours de
nous. En attendant, rions, cela nous servira. »
Dario Fo, Conversation avec Toni Jop, L’Unita, le 10 juin 2010.

 

Acteur dans la vie et sur les planches de tous les combats politiques et sociaux en faveur des humbles et des opprimés, pilier du théâtre populaire italien, prix Nobel de littérature en 1997 pour avoir « dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé le pouvoir et restauré la dignité des humiliés », Dario Fo n’a pas toujours fait l’unanimité, notamment au sein de l’intelligentsia, en France et ailleurs.

Depuis les années 90 le mouvement du teatro-narrazione relatant des évènements d’histoire et de mémoire collective tragiques peut être considéré comme un avatar contemporain du théâtre de monologues de Dario Fo et de son projet culturel et politique.

L’œuvre de ce fabulatore avance souvent masquée. Censuré, faisant l’objet de nombreux procès, voire même emprisonné, l’auteur de Mystère Bouffe ou de Récits de Femmes s’inscrit depuis un peu plus de 50 ans dans la droite ligne de la commedia dell’arte. Son œuvre est forte, radicale, politique, à la manière d’un Molière.

Le rire a toujours été l’ennemi des pouvoirs, il a été et reste le grand projet libérateur et subversif de ce jongleur de mots et de sens. C’est ce que L’Œil Bistre aura la joie de vous faire partager lors de sa prochaine lecture. (Emmanuelle Flamant)

La prochaine séance de lectures de L’Œil Bistre aura lieu le dimanche 14 novembre à 17 h à l’Apostrophe, 23 rue de la Grange-aux-Belles, 75010 Paris – stations de métro : Jacques Bonsergent (ligne 5) ou Colonel Fabien (ligne 2). Tel. 01 42 08 26 07

Méditation pour un dimanche de pluie


I. DE toutes les choses du monde, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas. Celles qui en dépendent sont nos opinions, nos mouvements, nos désirs, nos inclinations, nos aversions ; en un mot, toutes nos actions.

II. CELLES qui ne dépendent point de nous sont le corps, les biens, la réputation, les dignités ; en un mot, toutes les choses qui ne sont pas du nombre de nos actions.

 

III. LES choses qui dépendent de nous sont libres par leur nature, rien ne peut ni les arrêter, ni leur faire obstacle ; celles qui n’en dépendent pas sont faibles, esclaves, dépendantes, sujettes à mille obstacles et à mille inconvénients, et entièrement étrangères.

IV. SOUVIENS-TOI donc que, si tu crois libres les choses qui de leur nature sont esclaves, et propres à toi celles qui dépendent d’autrui, tu rencontreras à chaque pas des obstacles, tu seras affligé, troublé, et tu te plaindras des dieux et des hommes. Au lieu que si tu crois tien ce qui t’appartient en propre, et étranger ce qui est à autrui, jamais personne ne te forcera à faire ce que tu ne veux point, ni ne t’empêchera de faire ce que tu veux ; tu ne te plaindras de personne ; tu n’accuseras personne ; tu ne feras rien, pas même la plus petite chose, malgré toi ; personne ne te fera aucun mal, et tu n’auras point d’ennemi, car il ne t’arrivera rien de nuisible.

 

Épictète, Manuel, livre 1

 

Image de Rico Wack

 

En jachère

JACHÈRE, subst. fém.
A. État d’une terre labourable qu’on laisse reposer temporairement en ne lui faisant pas porter de récolte afin qu’elle produise ensuite abondamment. Jachère annuelle, complète; jachère d’été, d’hiver :


Je ne la [la terre] fatigue pas. Je lui accorde des jachères calmes, où elle peut se refaire des herbes sauvages et des fleurs pendant toute une saison. Ainsi, sous cette parure souvent épineuse, elle recompose en silence ses couches d’humus nourricier et ses veines d’eau.
BOSCO, Mas Théot., 1945, p. 85.

P. méton. Terre en cet état. Labourer des jachères. Je ne vois point de jachères; je n’aperçois que des prairies, des bois et des champs; partout où un épi a pu pousser, on a semé un grain de blé (DU CAMP, Hollande, 1859, p. 3). La jachère de l’an dernier couverte d’une herbe plate (PESQUIDOUX, Livre raison, 1928, p. 40).

P. ext. Terre abandonnée, mal entretenue. Synon. friche, lande. Au sortir de ces bois frais et touffus, une jachère crayeuse où sur des mousses ardentes et sonores, des couleuvres repues rentrent chez elles (BALZAC, Lys, 1836, p. 118). Un énorme pan de pierre brute sur quatre autres pans au milieu d’une jachère d’herbes folles et de clochettes bleues (POURRAT, Gaspard, 1922, p. 243).

B. P. anal., littér. État d’une chose ou d’une personne dont on ne tire pas parti, à qui l’on ne demande pas ce qu’elle pourrait donner. En ce moment il n’écrivait à personne (…) il avait mis tous ses amis en jachère (MONTHERL., Lépreuses, 1939, p. 1450).

Source : Trésor de la Langue Française

Femmes étroitement tenues

De Christine Jordis, j’avais lu avec grand plaisir et intérêt l’essai intitulé De petits enfers variés, où elle analysait avec une grande perspicacité les romancières anglaises contemporaines. Aussi quand j’ai vu qu’elle avait écrit elle-même un roman, je me suis précipitée.

Robert Bereny : Girl Reading (Anna) - vers 1846 - source : Lettura Web

Robert Bereny : Girl Reading (Anna) - vers 1846 - source : Lettura Web

Argumentaire de Un lien étroit :

Devenir une femme adulte, libre, avoir « une chambre à soi », quand on aime un homme de nature possessive et qu’on est encore emprisonnée dans les rets d’une éducation victorienne, est une gageure. C’est celle que soutient la narratrice de cette histoire, qui se déroule en Angleterre, aux États-Unis et surtout à Paris, entre les années soixante-dix et aujourd’hui.
À Londres, elle a rencontré Paul, qui va devenir son premier mari. Un homme entier, absolu, qui vit sa passion dans une volonté de fusion, sans comprendre que ses exigences étouffent peu à peu l’être aimé. Comment préserver sa liberté intérieure quand l’autre conçoit l’amour comme un partage exclusif ? Comment exister par soi-même tout en répondant à l’exigence amoureuse ? Vivre en couple, n’est-ce pas vouloir surmonter des contradictions insolubles ?
À travers ses propres tentatives, la narratrice réfléchit sur l’absolu de l’amour et les difficultés du mariage, sur le bouleversement dans les attitudes au cours de trois générations successives. Une histoire contemporaine du couple. Un roman sur le temps, l’usure, et le besoin d’être soi – d’écrire.

Bon, tout cela, ce sont de vraies questions qui sont posées, de celles sur lesquelles nous les femmes on se « prend la tête » volontiers. D’où vient donc que je n’ai pas « accroché » à ce livre ? Il est intelligent, subtil, bien construit, avec une alternance harmonieuse de récit et de réflexions. Mais il manque quelque chose, je ne sais pas trop quoi. Il me semble abstrait, les personnages (surtout le fameux Paul) m’ont paru inconsistants. Faute de détails concrets, peut-être, ou de dialogues, il y en a fort peu. Ce n’est pas une question de principe, je m’en balance s’il y a des dialogues ou pas, la seule chose qui compte, c’est que ça fonctionne : comme le Whatever Works de Woody Allen (« n’importe quoi, pourvu que ça marche »). Et là, ce n’est pas vraiment le cas. C’est dommage, j’aurais voulu aimer ce roman !