Réel à prise rapide

 

 

J’ai trouvé ce projet oulipien, intitulé Réel à prise rapide, sur le blog d’Anita, La pêche à la baleine. Blog sur lequel figurait un texte remarquable au sujet du chagrin, texte recommandé (à juste titre) par une autre blogueuse, ma copine Gilda de Traces & Trajets.

 

En se conformant à ce projet, on peut écrire tous les jours un texte d’inspiration autobiographique. Je résume le mode d’emploi (se reporter au blog La pêche à la baleine pour la version intégrale) :

1. Écrivez sur le vif. Comme si vous utilisiez un carnet de croquis, écrivez dès que l’idée du texte germe dans votre esprit.

2. N’écrivez pas plus de 100 mots. C’est-à-dire, à l’échelle d’un petit carnet, environ dix lignes.

3. Transcrivez des éléments réels de la journée (interdit d’inventer ou de se référer à une journée antérieure)

4. Suivez la consigne thématique de la date correspondante (le « programme » fournit une liste annuelle jour par jour – par exemple 26 août : « aujourd’hui, demi-vérité »). Il s’agit d’adopter un angle particulier. Même si la consigne vous semble abstraite, rattachez-la à votre journée.

Je pense qu’en effet, utiliser une méthode de ce genre peut servir de déclencheur pour débloquer quelque chose qui n’arrive pas à sortir. Faire un pas de côté, en quelque sorte. J’essaierai peut-être. Ou pas…

Du vent dans les haubans


 

Le son que j’entends, alors que je travaille à la bibliothèque, est très faible et j’imagine, je ne sais pourquoi, être la seule à l’entendre (sans certitude, car je n’en ai jamais parlé à personne). Ce sont de longs et bas mugissements, pas toujours sur la même note, de longueur inégale, et qui parfois s’enchaînent l’un à l’autre. J’ai longuement cherché ce qui pouvait produire ce bruit et j’ai pensé que cela devait provenir du vent – de l’air tout simplement – qui siffle dans les haubans attachés aux barres verticales, horizontales, obliques qui strient la façade du bâtiment. Cela pourrait être aussi les haubans d’un grand pont, en pleine campagne, et l’on s’est arrêté avant de le franchir, et le moteur s’étant tu, on n’entend plus que ce faible sifflement musical venu de très loin, en face de l’immensité vide du ciel. Ou bien encore ce serait le son produit par des instruments inconnus, dont joueraient les membres d’une peuplade primitive, qui ne vit pas ici, mais bien loin de l’autre côté des forêts. Et ils ne s’interrompent jamais, il s’en trouve toujours un pour prendre le relais du précédent, tandis que, la tête levée comme un lapin à l’orée du bois, j’essaie sans trop y croire de déterminer d’où proviennent les ondes sonores.

Du vent dans les haubans


Le son que j’entends, alors que je travaille à la bibliothèque, est très faible et j’imagine, je ne sais pourquoi, être la seule à l’entendre (je n’en ai jamais parlé à personne). Ce sont de longs et bas mugissements, pas toujours sur la même note, de longueur inégale, et qui parfois s’enchaînent l’un à l’autre. J’ai longuement cherché ce qui pouvait produire ce bruit et j’ai pensé que cela devait provenir du vent – de l’air tout simplement – qui siffle dans les haubans attachés aux barres verticales, horizontales, obliques qui strient la façade du bâtiment. Cela pourrait être aussi les haubans d’un grand pont, en pleine campagne, et l’on s’est arrêté avant de le franchir, et le moteur s’étant tu, on n’entend plus que ce faible sifflement musical venu de très loin, en face de l’immensité vide du ciel. Ou bien encore ce serait le son produit par des instruments inconnus, dont joueraient les membres d’une peuplade primitive, qui ne vit pas ici, mais bien loin de l’autre côté des forêts. Et ils ne s’interrompent jamais, il s’en trouve toujours un pour prendre le relais du précédent, tandis que, la tête levée comme un lapin à l’orée du bois, j’essaie sans trop y croire de déterminer d’où proviennent les ondes sonores.

(photo de l’auteur)

Parution de Borborygmes n° 19

 

Parvenue à l’âge respectable de cinq ans, sous la houlette de Julien Derôme, Borborygmes « est une revue de création littéraire et plastique qui publie dans chaque numéro des textes inédits d’une dizaine d’auteurs choisis par le comité de lecture. Poésies, nouvelles, extraits de romans… Borborygmes défend une diversité de thèmes et de styles et ne se lasse jamais de découvrir de nouvelles plumes. Avec plus d’une centaine d’abonnés et diffusée dans une quarantaine de librairies en France, notre revue soutient ses auteurs avec enthousiasme et organise régulièrement des lectures-spectacles en librairie. »

Le numéro 19, qui vient de paraître, contient des nouvelles, de poèmes et des textes hors catégorie, signés de Marie Simon, Boris Paillard, Julien Derôme, Audrey Mauriange, Axl Cendres, Guillaume Decourt, Frédéric Forte, Vincent, Robin Czarniak, Arthur Bidegain, Mathieu Germe… avec des illustrations de Jo Vargas. J’ai le plaisir d’y publier un texte intitulé Pieds et poings liés et trois poèmes à contrainte. Le Borbo 19 a été l’objet d’une lecture hier soir 24 juin dans l’atelier du peintre Julien Labail, dont les œuvres aux couleurs éclatantes ont illuminé la soirée.

My lady en sous-sol

Photo de Louise Imagine

Bon sang, qu’est-ce que je fais dans ce sous-sol sordide ? Comment je suis arrivé là ? C’est un accès de parking, on dirait. Mais je n’ai pas de voiture, qu’est-ce que je ferais d’une voiture ? Puisqu’il n’y a plus d’essence nulle part… Il faut que je trouve comment sortir d’ici. La lumière des néons m’éblouit et puis il y a cette musique sirupeuse qui me donne envie de vomir. Je ne vois pas de porte, ce n’est pas possible qu’il n’y ait pas de porte ici, il y en a forcément une ! Bon, on se calme et on cherche la sortie… voyons… à droite… non ce sont les toilettes… Et cette cabine au fond, qu’est-ce que c’est encore ? Il y a une inscription au-dessus, j’ai du mal à lire, ah oui… ÉTOILE VERTE… Je me demande à quoi ça sert. L’entrée est voilée par un petit rideau mais il n’arrive pas jusqu’en bas, c’est curieux. Bon, je vais aller voir. Il me semble qu’il y a quelqu’un à l’intérieur ! Il faut que j’en aie le cœur net. J’ai l’impression que l’intensité de la lumière a encore augmenté, c’est insupportable. Non, il n’y a personne dans la cabine, je ne sais pas comment j’ai pu croire le contraire. Un petit tabouret rond, un tas de boutons, une sorte de glace. Je parie que c’est comme ça qu’on sort d’ici. Je vais appuyer sur un bouton, n’importe lequel, et on verra bien… Waouh ! Je suis emporté à toute vitesse dans un tunnel plein de lumières tournoyantes ! Au fond j’aperçois une lueur blanche aveuglante. On s’en rapproche de plus en plus, mais on ne l’atteint pas. Je me sens léger, très léger, comme une plume, même pas, comme un fragment de duvet détaché d’une plume. Imagine un peu ça, Louise ! Je flotte, emporté par un courant irrésistible. Je vais arriver bientôt, je le sens. Il n’y a qu’une chose qui m’embête, c’est que j’ai oublié de laisser la clef à la voisine pour qu’elle arrose mes plantes vertes.

Ce texte est composé comme jeu d’écriture (jeu n°6) pour le site A mille mains, à partir d’une photo de Louise Imagine.

Apocalypse survenue

Une fois n’est pas coutume : voici un texte de fiction,
provenant de mes archives (juillet 2006)

A présent c’était trop tard. Il n’y avait déjà plus de cymbales, plus de fougères, plus de scarabées ; il n’y en aurait plus jamais. La rivière avait commencé de couler à l’envers, l’eau se dirigeant vers la source pour y rentrer, avec un effort visible, se traduisant par une crispation du front. Les saltimbanques munis de passoires fines comme des gazes chirurgicales tamisaient les nuages mais ne récoltaient rien – ou si peu : quelques grains de poudre, quelques feuilles déjà sèches tombées d’un arbre. Le soleil noir donnait aux cheveux des reflets violacés et mouvants comme les flaques de gas-oil sur l’eau du canal. La seule chose qui existait en abondance c’était le silence, un silence si profond qu’on y plongeait comme au fond d’un gouffre, griffant à peine les parois d’un ongle translucide et désincarné.

"Transito en espiral", tableau de Remedios Varo, DR

Arrivé au sommet de la montagne, j’ai fermé les yeux et j’ai retenu ma respiration, puis je me suis jeté dans le vide et vous voyez, je plane encore, je n’en finis plus de planer, m’appuyant parfois sur les ailes du contraire. Je flotte entre deux airs, entre deux vents, emporté dans la mouvance d’une autre planète. De ma poche je sors un petit caillou pour lester le message que je vous envoie, roulé en boule, ce texte que vous êtes à l’instant même en train de lire, debout sur la terre désertée.

Borborygmes n° 17

Fondée en 2006, sous la houlette de Julien Derôme, Borborygmes « est une revue de création littéraire et plastique qui publie dans chaque numéro des textes inédits d’une dizaine d’auteurs choisis par le comité de lecture. Poésies, nouvelles, extraits de romans… Borborygmes défend une diversité de thèmes et de styles et ne se lasse jamais de découvrir de nouvelles plumes.
Avec plus d’une centaines d’abonnés et diffusée dans une quarantaine de librairies en France, notre revue soutient ses auteurs avec enthousiasme et organise régulièrement des lectures spectacles en librairie. »

On retrouve dans ses colonnes les noms de Jean-Claude Pirotte, Zeno Bianu, Robin Czarniak, Cécile Brisson, Jacques Houssay et bien d’autres…

Borborygmes, qui se déclare « le trimestriel le plus petit du monde » (avec un format de 10,5 x 14,5 cm), publie bientôt son numéro 17 (mai 2010) qui contient notamment une nouvelle hyper-courte de mon cru, Petite histoire finissant mal.