Celui qui nous a fait lire Lowry

Maurice Nadeau est mort il y a quelques jours à l’âge de cent deux ans : tout un siècle de l’édition française qui disparaît, comme un pan entier de falaise s’écroule dans la mer. J’ai eu spontanément l’impression de la fin d’une époque… et je ne suis pas la seule : « On ne voit pas en ce début de siècle d’éditeurs d’une telle stature », note Pierre Assouline. « C’est aussi que l’époque a changé : la profession, cela va de soi, mais aussi les auteurs, l’esprit des livres, la manière de les faire connaître… (…) Il n’y a pas et il n’y aura pas d’autres Maurice Nadeau avant tout parce que son temps, structures et circonstances, est révolu. »

(image Quinzaine littéraire)

(image Quinzaine littéraire)

Je me suis demandé s’il avait pu, avant de mourir, savoir que la Quinzaine littéraire, en danger, était sauvée (enfin, pour le moment…). Il semble que oui. Cela aurait été bien triste s’il avait dû partir en sachant le contraire.

Les auteurs majeurs que Nadeau a découverts, ou fait connaître par des traductions, sont innombrables. Pour moi comme pour beaucoup d’autres lecteurs, le souvenir de Maurice Nadeau reste irrémédiablement lié à celui d’un livre, Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry, qu’il avait fait paraître chez Corrêa en 1959 (après une édition en livre-club en 1950).

« Utilisé par certains comme un Sésame, le nom de Malcolm Lowry est pour d’autres un test qui partage facilement l’humanité en deux camps », écrit-il dans la préface, soulignant l’aspect livre-culte de ce roman. « Parlerai-je de ceux qui sont partis pour le Mexique afin, notamment, de mettre leurs pieds dans les traces du Consul à Quauhnahuac ? » Dans ce même texte, Nadeau insiste sur la complexité du livre et déclare avoir voulu « seulement prévenir le lecteur qui va s’enfoncer pour la première fois dans la forêt obscure que la place du moindre arbuste y a été marquée par un homme qui n’a rien voulu laisser au hasard, comme pour mieux montrer, sans doute, que le hasard nous tient dans sa main. » Pour nous avoir, lui, tenus par la main à l’orée de cette forêt où nous n’aurons jamais fini de nous perdre (dieu merci), cet homme hors du commun sera beaucoup remercié.

Une rue de Cuernavaca au temps de Lowry. Image © Boris Feldblyum

Une rue de Cuernavaca au temps de Lowry. Image © Boris Feldblyum

On peut lire notamment :

– une courte biographie sur le site de la Quinzaine littéraire

l’article de Pierre Haski

celui de Pierre Assouline

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PS le 26/6/13

La BNF propose actuellement une bibliographie sur Maurice Nadeau.

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