Au commencement était Giotto

Au Louvre pour l’exposition « Giotto e compagni » (qu’on a tendance, irrésistiblement, à écrire Giotto et compagnie), dans la petite salle de la chapelle.

Exposition petite en nombre d’œuvres (une trentaine), grande en impact. Il est vrai que Giotto ayant peint essentiellement des fresques, la quantité d’œuvres que l’on pouvait faire venir était nécessairement limitée. Je n’ai pas eu la chance, jusqu’ici, d’en voir sur place – à Assise, à Padoue – mais je ne désespère pas, il faut toujours retourner en Italie. En attendant, une belle initiation à se donner au Louvre.

Quelques mots d’introduction sur le site du musée :

Loué par ses contemporains, Dante, Pétrarque et Boccace, admiré par Léonard de Vinci et copié par Michel-Ange, Giotto di Bondone (vers 1267-1337) a été perçu au fil des siècles comme l’auteur d’une révolution picturale sans précédent depuis l’Antiquité.
Cette mutation radicale n’est pas seulement d’ordre stylistique, elle s’explique aussi par une attitude différente vis-à-vis du monde sensible que l’artiste entend restituer dans sa diversité et sa réalité tridimensionnelle.
La carrière itinérante du peintre, qui l’a mené de Florence, où se déroulera l’essentiel de sa carrière, jusqu’à Milan, en passant par Assise, Rimini, Padoue, Rome, Naples et peut-être même Avignon, a provoqué une véritable onde de choc dans toute la péninsule italienne et, plus tard, en Europe. La renommée de Giotto fut si grande, les commandes si nombreuses que, dès les années 1290, le peintre fait travailler des compagni – des assistants – dont certains le suivront dans ses diverses pérégrinations, tandis que d’autres, recrutés localement, à Naples par exemple, contribueront, après son départ, à l’éclosion de foyers artistiques autonomes.

Dieu le Père en majesté, vers 1303-05. Padoue, Musei Civici, chapelle des Scrovegni.  © Musei Civici

Dieu le Père en majesté, vers 1303-05.
Padoue, Musei Civici, chapelle des Scrovegni.
© Musei Civici

Le premier tableau qui m’a retenue est ce Dieu le Père en majesté. Qu’on me pardonne le mot, mécréante que je suis, mais c’est une pirouette que de le représenter  « sous les traits du Christ, conformément à la tradition médiévale », comme le dit le cartouche. « Le visible dans le Père, c’est le Fils », disait, parait-il, saint Irénée. (Saint Irénée dont le nom me rappelle invariablement la lecture d’Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, dans le conte intitulé Les Vieux : « Au bout du couloir, sur la gauche, par une porte entr’ouverte on entendait le tic tac d’une grosse horloge et une voix d’enfant, mais d’enfant à l’école, qui lisait en s’arrêtant à chaque syllabe : – Alors saint Irénée s’écria : Je suis le froment du Seigneur. Il faut que je sois moulu par la dent de ces animaux. » Mais je m’égare…) Ce fils qui remplace son père a un visage assez oriental, des yeux en amande, l’air légèrement rêveur, une tunique d’un blanc laiteux. Le bas de cette tunique s’effiloche, lui donnant une allure quelque peu fantomatique.

Saint Étienne, vers 1320-25. Florence, Musée Fondation Horne. Image Wikipedia, DR

Saint Étienne, vers 1320-25.
Florence, Musée Fondation Horne.
Image Wikipedia, DR

Saint Étienne a un visage fin, avec les mêmes yeux en amande, très similaire à celui du Saint Laurent également exposé. Il porte une sorte de chasuble blanche à beaux plis, rehaussée de parements brodés de rouge, vert, noir et or à motifs géométriques. J’apprends que cette sorte de vêtement de chœur, en forme de croix avec des manches courtes, s’appelle une dalmatique. Saint Etienne tient en main un livre couvert d’un tissu rouge vif, presque vermillon. Je vais revenir sur cette couleur.

La Crucifixion de 1330, tableau appartenant au Louvre. Un grand tableau presque carré. Deux choses me frappent. L’une, c’est le nombre de plans successifs : au premier plan, les spectateurs du martyre, au deuxième, les officiers romains à cheval, au troisième, le Christ entre les deux larrons, au quatrième, une série de montagnes sombres et pointues, au cinquième enfin, un vaste ciel bleu de Prusse. Ensuite, ce que je remarque, ce sont les taches de couleur rouge vif formées par plusieurs costumes, écus tenus par les cavaliers et oriflammes. Alors que les couleurs des autres tableaux sont généralement douces et nuancées, ce rouge est éclatant. Il l’est même tellement que je renonce à afficher une image de ce tableau, qui ne lui rendrait pas justice.

Stigmatisation de saint François d’Assise, vers 1298. Louvre. © 2007 Musée du Louvre / Angèle Dequier

Stigmatisation de saint François d’Assise, vers 1298. Louvre. © 2007 Musée du Louvre / Angèle Dequier

Enfin à l’entrée de la salle, mais je l’ai gardé pour la fin, dans la visite comme dans cette note, le grand panneau de la Stigmatisation de saint François d’Assise. Du Christ-oiseau voletant au-dessus du saint qui a mis un genou à terre, viennent des rayons lumineux qui relient directement les pieds et mains du Christ à ceux de François. L’affiche de l’exposition, où l’on voit le saint nourrir tout un peuple d’oiseaux bien sages, est tirée des trois petits tableaux de la prédelle.

En complément : Giotto le premier artiste, un bel article d’Olivier Cena.

 

3 réflexions au sujet de « Au commencement était Giotto »

  1. Ping : Au commencement était Giotto | Les cl&ea...

  2. Vous m’avez donné envie de Giotto ; plus encore de la crucifixion.
    J’en ai trouvé plusieurs, magnifiques : celle de Strasbourg, celle de Padoue (ma préférée).
    Avec difficulté, celle que vous décrivez. Et là, patatras, on me dit qu’elle n’est pas de Giotto !
    http://www.latribunedelart.com/entretien-avec-nathalie-volle-dominique-thiebaut-et-rosaria-motta-sur-la-restauration-de-la
    Au moins j’apprends l’histoire de l’entrée de ce tableau au Louvre !
    La différence avec les tableaux certifiés de Giotto, surtout dans la débauche de rouge, est patente.
    Mais que l’élève avait du talent.

    Un détail encore : le dernier tableau de votre billet est celui de l’affiche de l’exposition, donc le titre …

    Merci de me servir de guide.

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