Les feux de la passion

On me pardonnera ce titre digne de la collection Harlequin : c’est pour la bonne cause, celle de la littérature. Je viens de lire, en une après-midi enflammée, les Feux de Marguerite Yourcenar. Une véritable révélation !

Jusqu’ici je n’avais lu, de cette Marguerite-là, que les Mémoires d’Hadrien, avec pour effet une sorte d’admiration froide, académique, devant le tour de force que représente ce livre. Depuis quelques mois, des recherches en cours m’ont amenée à lire d’autres ouvrages : Sous bénéfice d’inventaire, En pèlerin et en étranger, et les poèmes antiques de La Couronne et la Lyre. Mais rien ne m’avait préparée à la découverte de ce brûlot qui, écrit en 1935, ard encore avec la plus stupéfiante intensité.

Achille parmi les filles de Lycomède, par Nicolas Poussin (1656) Boston, Museum of Fine Arts (DR)

Achille parmi les filles de Lycomède, par Nicolas Poussin (1656)
Boston, Museum of Fine Arts (DR)

Au point de vue de la forme, c’est un livre hybride, où neuf récits brefs, tous (sauf un) basés sur des personnages de l’histoire ou de la mythologie grecque antique (parmi les plus connus : Phèdre, Achille, Antigone…), sont entrelardés avec des séries d’aphorismes sur les horreurs de la passion. Dans sa préface, Yourcenar elle-même parle d’une « série de proses lyriques ». Ce sont en effet plutôt des poèmes en prose.

On sait aujourd’hui que Feux fut marqué par l’amour malheureux de Marguerite Yourcenar pour André Fraigneau qui, lui, préférait les messieurs. Que ce soit dans ses cruels aphorismes ou sous le costume de ses personnages mythiques, la force de sa passion impressionne.

Et la manière dont ces mythes sont interprétés renvoie dos à dos le conformisme aveugle aux textes antiques et la transposition, parodique ou non, à d’autres époques – qui était fortement à la mode au moment où le livre fut écrit. L’auteur estime d’ailleurs que « la violence cabrée de Feux réagit consciemment ou non contre Giraudoux dont la Grèce ingénieuse et parisianisée [l]’irritait comme tout ce qui nous est à la fois entièrement opposé et très proche ». Yourcenar se situe, elle, dans une sorte d’intemporalité que ne dérangent pas certains anachronismes voulus et non gratuits. Textes âpres, violents – il y coule beaucoup de sang – durs comme le diamant, d’autant plus puissants qu’ils sont courts.

Je les ai dévorés à toute vitesse ; et ce n’était pas pour savoir ce qui se passe ensuite (ce qui est pratique avec les mythes, c’est qu’on connaît déjà l’histoire). Maintenant je veux y revenir et les mâcher soigneusement pour mieux les goûter.

PS. Dans son livre d’entretiens avec Mathieu Galey (Les Yeux Ouverts, éd. Centurion, 1980), Marguerite Yourcenar déclare : « Le mythe était pour moi une approche de l’absolu. Pour tâcher de découvrir sous l’être humain ce qu’il y a en lui de durable ou, si vous voulez un grand mot, d’éternel. »

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