Mourir un 31 août

 

« La vie et la mort sont pareilles : on dirait deux équipes de rugby dans la mêlée. Elles se disputent un ballon qui n’existe pas. » J’ai trouvé cette phrase de Frédéric Pajak dans l’exposition « Autobiographies » actuellement proposée par l’Espace Vuitton (comme quoi on peut avoir de bonnes raisons d’aller sur les Champs-Élysées…) et j’ai soudain pensé qu’elle s’appliquait bien au film de Joachim Trier, Oslo 31 août. Film que j’ai vu il y a quelques semaines déjà et laissé infuser… (J’avais aussi traîné les pieds pour aller le voir, tout simplement pour avoir confondu Joachim Trier avec Lars Von Trier, dont je n’aime pas les films. Mais rien à voir.)

Le film s’inspire du roman de Drieu La Rochelle Le Feu Follet (1931), déjà adapté, de manière très différente, par Louis Malle avec l’inoubliable Maurice Ronet.

Oslo 31 août commence par un suicide raté – comme Virginia Woolf, le personnage remplit ses poches de cailloux et entre dans la rivière… – et s’achève par une overdose réussie. Ce début donne le ton et fait qu’on sait d’avance que ça finira mal. Pas de rédemption pour Anders, écrivain manqué, toxicomane qui s’est jeté (comme dirait Vailland) dans la cure comme dans la rivière et parvient au terme du processus. Comme prévu, ça se passe à Oslo le dernier jour de l’été. Le 31 août marque la fin de l’été en Norvège, les beaux jours sont finis, l’automne approche et puis c’est l’hiver, sombre et froid […], indique le réalisateur. Anders se rend en ville le temps d’une journée pour un entretien d’embauche. Il en profite pour reprendre contact avec celui qui était auparavant son meilleur copain. Il s’efforce sans succès de rencontrer sa sœur, qui fait tout pour l’éviter. Il tente aussi d’appeler son ancienne petite amie, qui vit maintenant à New York (sur répondeur).

 

Anders (Anders Danielsen Lie)

L’employeur potentiel est prêt à donner une nouvelle chance à Anders, qui a joué cartes sur table et avoué son passé de toxico, responsable d’un fâcheux trou dans son CV. Mais ça ne se fera pas, car Anders plaque tout et s’en va. Début d’une errance à travers Oslo. « Trier mêle images personnelles en super-8, films d’archives et scènes de rue tournées à l’arrache dans un tourbillon commenté par les habitants, qui évoquent candidement leurs souvenirs et leurs espoirs. » (article des Inrockuptibles)

 

La constante pulsion d’autodestruction reprend possession d’Anders, qui s’y abandonne. Il ne voit plus les choses que comme un observateur extérieur, non concerné. Tout cela est montré par Joachim Trier sans appuyer, sans démontrer, sans complaisance (il est plus facile de l’évoquer « en creux »…) mais avec précision et comme une délicatesse mélancolique naviguant entre réel et imaginaire, passé et présent.

 

« Joachim Trier a trouvé en Anders Danielsen Lie le parfait véhicule pour ses interrogations. L’acteur (qui n’en est pas vraiment un) porte l’angoisse avec une élégance nonchalante qui fait à la fois comprendre la séduction qu’il a pu exercer du temps de sa splendeur et la fragilité qui est la sienne au moment où il doit choisir entre continuer de vivre ou mourir. » (Thomas Sotinel dans le Monde) Un film qui continue longtemps à nous habiter, comme cette fragilité qui vit en nous elle aussi.

 

Images et citation : Allociné

 

 

 

4 réflexions au sujet de « Mourir un 31 août »

  1. « L’acteur, qui n’en est pas vraiment un », dis-tu : mais justement, il est parfait dans ce rôle !

    J’avais dit juste un mot de cet excellent « Oslo 31 août » ici, effectivement tu as bien fait de le laisser « infuser » (les grands films restent gravés dans la mémoires, les nuls, elle les évacue heureusement).

    • Ce n’est pas moi qui dis cela mais le journaliste du Monde… et je ne suis pas sûre de ce qu’il veut dire (peut-être que ce n’est pas un acteur professionnel ???) Moi aussi je le trouve parfait, « collant » exactement à la perception que j’ai du personnage. Et tu as absolument raison sur la capacité des grands/bons films à rester en mémoire…

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