Le monde hallucinant de Yayoi Kusama

On a toujours besoin
de petits pois chez soi
Sagesse populaire

Une œuvre ou une personnalité émouvante, atypique, dérangeante, provocante, chaotique, hallucinatoire, innovante, déconcertante, fascinante, obsessionnelle, irritante, onirique, surprenante, incantatoire, excentrique, scandaleuse… je me suis bornée ici à relever quelques-uns des adjectifs les plus fréquents qui reviennent lorsqu’il est question de Yayoi Kusama.

Le Centre Pompidou présente la première rétrospective française consacrée à cette artiste japonaise aujourd’hui octogénaire. À travers un choix de cent cinquante œuvres réalisées entre 1949 et 2010, un hommage est ainsi rendu à une artiste inclassable qui a exercé une influence considérable sur la scène contemporaine.

Yayoi Kusama est née à Matsumoto, une ville du centre du Japon, en 1929. Elle a passé une quinzaine d’années à New York, de 1958 à 1973 : années décisives avec l’extraordinaire floraison artistique de cette époque, à laquelle elle participe pleinement comme un acteur majeur : monochromes, accumulations, performances, happenings… C’est alors qu’elle élabore le concept de self-obliteration (auto-anéantissement) où le corps est à la fois promu comme support du geste artistique et disséminé dans une univers répétitif, comme par exemple avec les dots (pois) qui envahissent indifféremment êtres vivants et choses. On accède d’ailleurs à l’exposition par une première salle (intitulée I’m Here, But Nothing – Je suis là, mais rien) où tout – murs, plafond, meubles – est couvert de pastilles adhésives rondes, sous un éclairage d’ultra-violets.

De retour au Japon, elle décide en 1977, après une tentative de suicide, de résider dans une institution psychiatrique. Ce n’est que dans les années 1990 qu’elle accède à une véritable reconnaissance dans son pays natal. Celle que Midori Yoshimoto surnomme « la princesse au petit pois » fait aussi de sa propre personne un matériau pour sa création.

« Un souvenir d’enfance fonde la légende de Yayoi Kusama et associe le commencement de sa vie d’artiste à une hallucination, une inquiétante étrangeté qui s’est manifestée autour de la table familiale », écrit Chantal Béret dans le magazine programme Code Couleur : « les fleurs rouges de la nappe se multiplient sur le plafond, les murs, le sol, sur elle-même. Âme sans corps, l’artiste fait de son insupportable auto-anéantissement (self-obliteration) le défi et la quête même d’une œuvre radicale et atypique : inscrire son corps, s’inventer un corps à corps selon des procédures formelles toujours réinventées ».


L’exposition reflète tous les aspects de cette œuvre multiforme et souvent profondément troublante, voire oppressante. Les peintures des premières décennies renvoient aux influences revendiquées du surréalisme – qui a mon sens inspire toujours ses titres. Les années new-yorkaises proposent des accumulations, des collages répétitifs (billets de banque, étiquettes) préfigurant le travail d’Andy Warhol. Kusama aborde également la sculpture avec des proliférations de matière molle enveloppée dans un tissu blanchâtre, dont les pseudopodes envahissent l’espace, de manière proche à certaines œuvres de Louise Bourgeois. Ces objets mous associés par des ligatures, des nœuds, des tresses, présentent un aspect visuel burlesque. Depuis 2005, elle a également entrepris une nouvelle série de peintures, des toiles de grande taille au format carré où s’inscrivent, dans des couleurs violentes, des rébus, des idéogrammes, des formes répétées comme notamment des yeux.

 

L’ensemble m’a paru intellectuellement intéressant, mais m’a laissée plutôt indifférente. En fin de compte, ce que j’ai peut-être le mieux aimé a été la pièce intitulée Salle des reflets infinis, plongée dans les ténèbres sauf pour une multitude d’ampoules minuscules et multicolores pendant du plafond. On se sent un peu perdu, comme au bord d’un vertige. Comme je l’ai entendu dire à une petite fille de six ans (enfin, paraissant six ans…) qui avait très bien compris : « On dirait qu’on va tomber mais on va pas tomber. »

Le site officiel de Yayoi Kusama (en japonais ou en anglais)  – dont proviennent les images

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