Le coût de la honte

Quand un homme a honte delui,
il est impitoyable pour les autres.
Alexandre Dumas fils

Shame, film de Steve McQueen

Que Brandon soit un obsédé sexuel, c’est évident dès le début. Beau mec, il n’a même pas besoin de draguer, toutes les filles lui tombent dans les bras ; s’il n’en a pas sous la main, il fait venir une professionnelle ; et le reste de son temps libre, il se masturbe et/ou visite des sites porno sur son ordinateur. Pourtant, il est socialement bien intégré, détenant un travail (imprécis, mais qui s’exerce dans un bureau) visiblement rémunérateur.

Oui, c'est fait exprès ! C'est en fait la première image du film... à l'horizontale.

Glacial. A l’image de son appartement de Manhattan, tout en verre et acier, impeccablement rangé, rien qui dépasse, aucune touche personnelle. A la manière de son look – propre sur lui, chic décontracté mais rien de voyant – de sa coupe de cheveux bien nette, de ses yeux bleus, de son visage dénué d’expression, Brandon (Michael Fassbender) est quelque chose comme un robot. Si le méchant Smith de Matrix était beau garçon et porté sur le sexe, il ressemblerait à Brandon.

Mon dissemblable, mon frère...

L’ordre établi de l’univers de Brandon va être remis en question par l’irruption de sa sœur Sissy (Carey Mulligan) qui, à court de logement, vient squatter chez lui. On ne saurait imaginer deux personnes plus dissemblables. Sissy est chanteuse, marginale, fantaisiste et suicidaire. Mal accueillie par son frère, elle s’inscruste. Sous l’impact de ces retrouvailles, Brandon va faire une sorte de prise de conscience (muette, bien sûr) qui l’amènera à jeter le matériel pornographique (magazines, films…) en sa possession et à tenter, sans grande conviction, une aventure plus traditionnelle avec une collègue de bureau, la belle Marianne (Nicole Beharie) : fiasco. Parviendra-t-il à s’en sortir ?

On aimerait peut-être en savoir un peu plus sur ce qui a amené le frère et la sœur au point où ils en sont. Dans l’une de leurs rares vraies conversations, Sissy déclare : « Nous ne sommes pas mauvais, nous venons d’un endroit mauvais ». Ce qui n’explique pas grand-chose… Et la honte, de quel côté est-elle située ? Enfin, il vaut mieux, en la matière, en dire pas assez que trop.

Reste que le film, s’il pèche par l’absence de données psychologiques et par une certaine schématisation des personnages (tout le monde est too much, voir par exemple le patron de Brandon, David), vaut beaucoup mieux par son style narratif, sa froideur épurée, son rythme, ses cadrages sophistiqués et son interprétation impeccable. Et puis Michael Fassbender est un régal pour les yeux !

+++ Articles à lire dans le Monde et dans Libé

Images Allociné

3 réflexions au sujet de « Le coût de la honte »

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