Gorilles en Grèce

Etant donné les liens que je conserve, et que je tiens à maintenir, avec la Grèce, je vais voir des films grecs chaque fois que j’en ai l’occasion. C’est ainsi que ces derniers jours j’ai choisi Attenberg, film d’Athina Rachel Tsangari, dont je ne savais pratiquement rien à l’avance. Je ne peux pas dire que c’était une déception, parce que je n’attendais rien de particulier, mais je me suis plutôt ennuyée… Le personnage principal est une jeune fille assez sauvage et renfermée, Marina (Ariane Labed), qui mène une vie plutôt austère entre son travail (bizarre : servir de chauffeur aux cadres d’une usine) et son père, un architecte mélancolique, qui a un cancer en phase terminale – la mère, peut-être française, est morte, mais on ne sait pas quand. La seule relation personnelle de Marina est son amitié avec Bella, une fille qui est tout son contraire, plutôt délurée. Son occupation favorite est de regarder des documentaires animaliers de Sir David Attenborough (d’où le titre, Attenberg étant le nom d’Attenborough que Bella déforme par dérision), particulièrement ceux montrant des gorilles. Marina n’a aucune expérience avec les garçons, mais alors aucune, ce qui est tout de même curieux pour une fille de 23 ans absolument ravissante. Le film va montrer sa découverte du sexe tandis que son père fera, lui, l’apprentissage de la mort.

Voyez comme elles dansent...

Tout cela, dans l’absolu, ne serait pas sans intérêt, mais je n’ai pas du tout accroché à la manière dont Tsangari filme son histoire, manière plutôt affectée et non dépourvue d’incohérences. J’aimerais d’ailleurs bien savoir comment elle a fait pour filmer en Grèce dans des décors qui ont l’air de ne pas avoir changé depuis les années 70 : le grand hôtel où habite l’ingénieur que Marina est chargée de conduire, l’usine (une raffinerie ?) où il travaille, l’hôpital où elle accompagne son père. Et où on ne voit jamais personne d’autre que les protagonistes, ni aucun panneau publicitaire… Les séquences « événementielles » alternent avec d’autres où Marina et Bella, habillées de blouses façon Deschiens, se livrent à une chorégraphie fantaisiste de leur cru. C’est drôle la première fois, moins quand ça devient systématique. En fin de compte, il y n’y a que deux scènes vraiment réussies : l’une où Marina et son père, après une joute de jeux de mots, glissent insensiblement vers les onomatopées puis l’imitation des gorilles qu’elle aime à regarder à la télé. L’autre est une jolie scène d’humour noir, quand Marina va consulter une entreprise de pompes funèbres – plutôt chicos – chargée d’assurer l’expédition des corps en Bulgarie (ou en Allemagne si on en a les moyens…) pour y être incinérés, car la crémation pour le moment n’est pas autorisée en Grèce.

C’est plutôt bien joué (et d’ailleurs Ariane Labed a remporté un prix pour ce film à la Mostra de Venise l’an dernier), le problème n’étant pas comment les acteurs jouent mais ce qu’on leur fait faire. Au total, un film que j’aurais aimé pouvoir aimer davantage…

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2 réflexions au sujet de « Gorilles en Grèce »

  1. Je partage cette analyse mais contrairement à vous je ne me suis pas ennuyé. Ce rythme étrange est asse similaire de celui de Kyanodontas (« Canine » de Georges Lanthimos) réalisé par le mari de Athina Tsangari. Par ailleurs, j’ai retrouvé cette atmosphère étouffante de la période de la dictature dans ce film. L’usine (qui est l’usine d’aluminium de Pechiney proche de Itea, je ne me souviens pas le nom de cet endroit désertique où il n’y a que l’usine et le village des cadres et habitants travaillant dans l’usine d’alu) joue un rôle important et imposante son poids, au sens propre. C’est une enclave, un lieu improbable (comme la villa de la famille déjantée de Canine). Cette histoire de la mort et de la découverte simultanée d’amour m’a finalement touché.

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