L’écrivain et ses fantômes


« La vieillesse est un naufrage. » Je n’aurais jamais pensé en venir à citer une phrase du général de Gaulle, mais il ne faut jurer de rien. C’est Philip Roth qui en est le responsable avec son Exit le Fantôme (Exit Ghost) que je viens de lire. J’ai déjà lu un certain nombre de ses livres, dans le désordre, toujours avec intérêt, mais avec aussi une attraction inégale. Ainsi je n’ai pas accroché à sa Pastorale américaine, mais énormément à La Tache que je tiens pour un grand livre.

Il semble que Roth ait dit ou écrit que Exit Ghost, paru en 2007 aux USA et en 2009 en France, sera le dernier de la série des Nathan Zuckerman. Et connaissant assez mal l’œuvre de Roth, somme toute, j’ignorais en le lisant que certains des personnages (l’auteur admiré de Zuckerman, E.I. Lonoff, et sa petite amie Amy Bellette) figuraient déjà dans le premier des Zuckerman, L’Ecrivain des ombres (Ghost Writer en VO, mais rien à voir avec le film de Polanski qui est tiré de L’Homme de l’ombre de Robert Harris).

Mais ce n’est pas là l’essentiel. On retrouve donc dans Exit le Fantôme Zuckerman qui a maintenant (maintenant étant le temps du livre) 71 ans et vit depuis onze ans en reclus dans sa campagne des Berkshires, dans le Massachusetts. Il a des ennuis de santé et pas que ça : cancer de la prostate, entraînant incontinence et impuissance, et Roth ne nous en épargne pas les détails. Zuckerman, au moment où commence l’histoire, est satisfait de son mode de vie, dans la solitude la plus complète et le refus de tout gadget technologique ; il se consacre uniquement à l’écriture. C’est en allant à New York pour consulter son urologue que les circonstances l’amènent à s’embarquer, sur impulsion, dans un échange temporaire de résidence avec un couple de jeunes écrivains new-yorkais. Il n’a pas vraiment envie de changer son domicile ni ses habitudes, mais il a eu un véritable coup de foudre pour la jeune femme, Jamie, et il est prêt à faire n’importe quoi pour rester en relation avec eux… Parallèlement, Zuckerman rencontre par hasard (bon, le hasard n’existe pas, mais disons comme ça) Amy Bellette, dont il avait failli tomber amoureux en 1956, et qui est elle aussi bien malmenée par l’existence et le vieillissement. Enfin il est contacté par un journaliste aux dents longues, Richard Kliman, qui prépare une biographie de Lonoff et veut à tout prix le témoignage de Zuckerman, ce à quoi il se refuse farouchement.

Paysage des Berkshires en hiver

Au-delà de ce schéma, le livre vaut surtout par l’écriture de Roth, la posture d’ironie et de lucidité constante occupée par Zuckerman, la manière dont il considère sans bienveillance cette Amérique post-11 septembre où tant de choses l’exaspèrent. Il entrelace habilement dans le récit des conversations fictives (sous forme de dialogue LUI/ELLE) que Nathan tient avec la jeune femme qu’il convoite, tout en se rendant parfaitement compte que cela ne mène nulle part. Une « cocasserie désespérée » comme le dit – à propos d’un autre livre de Roth – l’excellent blog Le Cri du Lézard. Bon article aussi sur Exit le fantôme par Robin Hunzinger dans la Revue des Ressources.

 

PS le 12 octobre 11. Un article très fouillé, passionnant, sur Exit le fantôme par Alexis Blass dans le Magazine des Livres.

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