Destins multiples de Raul Ruiz


 

On peut facilement, dans un blog comme celui-ci, accumuler les nécrologies. Quelquefois, par découragement, j’ai renoncé à évoquer certains disparus, comme Laurent Terzieff l’été dernier. Aujourd’hui voilà que nous avons perdu Raul Ruiz, ou Raoul Ruiz comme on l’écrit ici, cinéaste chilien réfugié en France après le coup d’Etat de 1973.

 

Difficile de caractériser ce réalisateur au cinéma foisonnant, auteur d’histoires insolites dans lesquelles les destins des personnages bifurquent, dans lesquels la perception change de niveau, d’angle, de perspective, nous montrant sans cesse des facettes inattendues.

 

Je n’ai pas vu certains des films les plus connus de Ruiz, comme Le Temps retrouvé (je me souviens vaguement de certaines levées de bouclier : comment avait-il OSÉ adapter Proust ? disaient-ils) ou L’Île au trésor. Quant aux Mystères de Lisbonne, bien qu’attirée, j’avoue avoir reculé devant la durée de la chose (4 h 26)… En fait, je pense avoir vu de lui ces cinq films (synopsis d’après Wikipedia sauf le dernier) :

 

– Les trois couronnes du matelot (1983) : Un étudiant qui vient de tuer son protecteur rencontre, par une nuit brumeuse, un marin ivre qui lui promet de pouvoir l’aider à fuir en échange de trois couronnes.

 

Mastroianni dans Trois vies et une seule mort (avec Melvil Poupaud et Chiara M.)

– Trois vies et une seule mort (1995) : Tantôt riche personnage qui aide un jeune couple, professeur en Sorbonne qui devient clochard ou maître d’hôtel, Marcello Mastroianni campe un personnage affecté par le syndrome de la multiplication de la personnalité.

 

– Généalogies d’un crime (1997) : Le petit René, cinq ans, est recueilli après la mort de ses parents dans un accident par sa tante Jeanne, psychanalyste. Celle-ci détecte en lui des tendances homicides et cherche à vérifier une théorie selon laquelle, après un certain âge, une telle pulsion ressurgit. Quinze ans plus tard, René assassine effectivement Jeanne. L’affaire passionne son avocate, Solange, spécialiste des causes désespérées…

 

– Ce jour-là (2003) : Une jeune fille riche et simple d’esprit hérite de la fortune de sa mère décédée. Les membres de sa famille tentent alors de la faire assassiner pour récupérer l’héritage en question. Mais le tueur qu’ils vont engager va tomber sous le charme de sa cible.

 

Elsa Zylberstein dans Ce jour-là

Klimt (2006), évocation du peintre viennois « On aura compris qu’il ne faut pas chercher dans ce film de continuité spatiale ni temporelle, ni de récit complet de la vie de Klimt. Mais il ne faut pas attendre non plus de Ruiz qu’il vous donne un produit formaté, édulcoré, aplati. J’ai toujours aimé ce cinéaste imprégné de surréalisme depuis les jours lointains où il présentait des films comme Les trois couronnes du matelot. Plus récemment, Ce jour-là était une bien étrange fable. » (extrait de mon ancien blog Sablier)

 

On trouvera énormément d’informations sur le site de Pierre-Alexandre Nicaise Le cinéma de Raoul Ruiz, dont j’extrais ces quelques lignes de présentation :

 

« Connu du grand public pour des films qui ont bénéficié de budgets conséquents (Le Temps retrouvé (1999) ou Les Ames fortes (2000)), le cinéma de Raoul Ruiz reste dans sa plus grande partie méconnu et peu visible, voire invisible. Sur la centaine de longs métrages réalisés, seule une dizaine est disponible en dvd.

 

Ce site a pour objectif de faire le point sur la filmographie de Raoul Ruiz en recueillant des documents (travaux de recherche, témoignages, articles divers) qui attestent d’un désir insatiable d’aventure et de recherche dans l’univers du cinéma et de la connaissance. Cet état des lieux, qui demeure incomplet par nature, s’accompagne d’une tentative de mise en valeur du travail théorique de Raoul Ruiz, également écrivain.

 

Dans cette Tour de Babel cinématographique, où langues, langages et formes se côtoient, se mélangent, se disputent et parfois s’harmonisent – une sorte de soupe primale d’une forme de vie nouvelle dit l’une des voix off du Film à venir (1997) – on pressent les fondations d’une organisation des images qui favorisent l’émergence d’un spectateur différent.

 

Il y a, dans ce grand jeu cinématographique, dans cette loufoquerie assumée où gravité et légèreté, mode mineur et mode majeur se mélangent, dans la profusion, dans l’infinitude revendiquée de ces films, dans l’ennui revendiqué même qu’ils peuvent provoquer – d’où bien des délices, puis trop de délices, disait Serge Daney à propos de L’Île au trésor (1985) – le développement d’une conception politique, ce que Ruiz appelle une poétique du cinéma. »

 

 

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