Le récit d’un destin

Une actrice seule en scène pour un long monologue, on peut difficilement imaginer un pire défi théâtral. Pourtant la pièce que j’ai vue dimanche soir à Athènes (et il semble que c’était la dernière représentation – qui s’est terminée par une longue standing ovation) était en tous points remarquable. Il s’agissait d’une évocation de la vie de quelqu’un dont je n’avais jamais entendu parler, Eftihia Papayannopoulou (Ευτυχία Παπαγιαννοπούλου). Son nom était d’ailleurs le titre même de la pièce. Une poétesse grecque dont les vers ont été mis en musique par les plus grands compositeurs et chanteurs de rebetiko.

Nena Mendi dans le rôle d'Eftihia

Une vie pleine de rebondissements et de malheurs en tous genres, dont le récit a été rédigé par sa petite-fille, Réa Maneli. Ironiquement, le prénom « Eftihia » signifie en grec « bonheur »… La pièce (texte et mise en scène de Petros Zoulias) ne progresse pas de manière chronologique, mais saute d’un thème à l’autre à la manière dont fonctionnent nos associations d’idées. Elle alterne les épisodes tragiques avec les séquences comiques – et les deux se mêlent parfois comme dans la vie. L’actrice Nena Mendi, époustouflante, s’est vraiment mise dans la peau du personnage, si ce cliché a encore un sens. Le résultat était très émouvant, et il y a longtemps que je n’avais pas été touchée par une pièce de théâtre autrement que dans la tête.

Eftihia vers 1935

Eftihia Papayannopoulou (1893 – 1972) était née en Turquie, à l’époque où y vivait une importante communauté grecque, et comme tant d’autres de ses compatriotes elle dut quitter son pays natal au moment de la guerre gréco-turque de 1919-1922, qu’on appelle plutôt ici « catastrophe d’Asie Mineure ». Réfugiée en Grèce, elle y a mené une vie difficile, subsistant de petits boulots et de petits rôles au théâtre. Elle a commencé tardivement (vers 1948) a écrire des paroles de chansons, qui ont eu du succès à partir du moment où le grand Tsitsanis a mis la première en musique. Mais elle est morte dans la pauvreté, parce qu’elle ne se préoccupait guère de ses droits d’auteur et que tout l’argent gagné allait à sa passion pour le poker…

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