Gao Xingjian, le guetteur multiple

Ecrire doit résulter d’une nécessité
– sinon, ce n’est pas la peine.
Gao Xingjian
(propos tenus le 1er mai 2011)

Le SILA (Salon International du Livre Ancien) tenu au Grand Palais du 29 avril au 1er mai proposait également un cycle de lectures, intitulé « Une saison de Nobel », et j’ai eu la chance d’assister à celle consacrée à Gao Xingjian.

Lecture de la pièce Le quêteur de la mort par Anny Romand et Jean-Jacques Moreau. (Au départ j’avais spontanément entendu « Le guetteur de la mort » et c’est sous ce titre – pas si mauvais à mon avis – que j’ai pris des notes.) Première pièce écrite par l’auteur directement en français.

Le thème : Un visiteur se trouve accidentellement (ou pas) enfermé dans un musée d’art contemporain. Ne parvenant pas à en sortir, il se livre à un monologue où il laisse libre cours à sa colère. Son propos s’élargit, de l’art passant à la société, puis aux plus vastes questions métaphysiques. Il est rejoint par un autre personnage qui lui donne la réplique : mais ce dernier est en fait son double. Les mérites du suicide sont évoqués ; finalement, seule la beauté trouve grâce.

Dans l’entretien mené par Aliette Armel qui a suivi la lecture, Gao Xingjian s’est expliqué sur le dédoublement du personnage. Il signale que dans toutes les langues, on dispose de trois « personnes » au sens grammatical : je, tu, il/elle. Ce qui nous apporte plusieurs angles d’auto-observation. Quant à la beauté, Gao Xingjian appartient comme son compatriote François Cheng à la famille de ceux qui pensent – ou du moins qui espèrent – que la beauté sauvera le monde.

Le sens de la beauté, nous dit-il ce dimanche 1er mai, subsiste encore, bien que nous soyons actuellement « tombés dans un nouveau Moyen Age ». Gao Xingjian appelle à une « nouvelle Renaissance » où l’être humain pourra de nouveau être pris comme un individu. L’homme a été « étouffé par les religions et les idéologies », il lui appartient de s’en affranchir pour affronter le réel de la condition humaine.

Gao Xingjian travaille actuellement à un film se rapportant à la genèse de son grand livre, La Montagne de l’Ame. Il a récemment retrouvé environ 500 photos qu’il avait prises en Chine dans les années 1980, au cours des « vagabondages » qui ont été la source de ce roman. Ce sont, dit-il, des images d’un monde perdu ; la Chine qu’elles montrent a disparu, comme si c’était un autre siècle, et cela leur donne un aspect irréel. Le film va incorporer ces images, car Gao Xingjian est un créateur (ce mot galvaudé) qui maîtrise de multiples langages : l’écriture, mais aussi la peinture, le théâtre, le cinéma, la danse.

Ciel et terre, œuvre de Gao Xingjian (2008) – image Artnet

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3 réflexions au sujet de « Gao Xingjian, le guetteur multiple »

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