Un monde de losers

 

Comment pourrait-on ne pas aimer le travail d’un cinéaste qui vous montre, film après film, l’envers du rêve américain, les dérives d’une société qui bafoue les valeurs même qu’elle proclame, les destins des laissés pour compte de cet univers impitoyable, les marginaux, les losers, les underdogs… et qui le fait sans manichéisme, en traçant des portraits précis, nuancés, ciselés. Comment ne pas aimer celui qui a donné à Al Pacino, dès les années 1970, certains de ses meilleurs rôles ? Comment ne pas aimer Sidney Lumet ?

 

« Il aimait New York qu’il filmait comme personne : Al Pacino y courait comme un dératé à la poursuite de dealers (Serpico). Et Treat Williams, un autre flic, s’y confrontait, sans succès, à la corruption (Le Prince de New-York)… Sidney Lumet, décédé le 9 avril à l’âge de 86 ans, était un « honnête homme », comme on disait, jadis. Un humaniste. Un militant de gauche. Donc, un insatisfait. Dans tous ses films réussis (car il en a raté certains ; des adaptations de pièces qu’il admirait, L’Homme à la peau de serpent de Tennessee Williams, La Mouette de Tchékhov), il n’a jamais cessé de dénoncer l’intolérance, la bêtise : la mauvaise justice dans Douze hommes en colère (son premier film, en 1958) ou la mauvaise télé (Network, en 1976, son plus gros succès commercial). Il n’a jamais cessé non plus de célébrer les perdants, les déclassés, les marginaux, que ce soit Pacino, malfrat amateur et gay dans Un après-midi de chien ou Paul Newman, avocat alcoolique dans Verdict… » (Extrait de l’article de Télérama).

 

En dix ans (1973-1982), Lumet nous avait montré au moins cinq films majeurs : Serpico, Un après-midi de chien, Network, Le Prince de New York, Le Verdict. Il y en a eu d’autres, mais n’aurait-il réalisé que ceux-là, qu’il mériterait de rester dans notre mémoire de cinéphiles et surtout d’êtres humains. Parce qu’ils sont aussi des films passionnants qui nous captivent. Voilà un auteur qui a mis toutes les ressources (et elles sont immenses) du cinéma américain, cette superbe machine, au service d’une pensée d’honnête homme. Alors, un grand coup de chapeau pour Monsieur Lumet.

 

Paul Newman dans Le Verdict

Images des sites Allociné et IMDb

 

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