Mondrian à la recherche de la « beauté générale »

La beauté sauvera le monde.
Dostoievski

Piet Mondrian : Composition, 1929

C’est une bonne idée, je crois, d’avoir élargi le thème de l’exposition consacrée à Mondrian (au centre Pompidou jusqu’au 21 mars) en y associant l’évocation du mouvement De Stijl. Parmi les avant-gardes européennes, ce mouvement néerlandais pluridisciplinaire, fondé en 1917, constitue une clé de lecture essentielle pour la compréhension de l’évolution de l’art moderne au 20e siècle. Comprendre, c’est bien de cela qu’il s’agit, plutôt que ressentir, et en ce sens l’exposition de Beaubourg remplit tout à fait son rôle : elle est claire, didactique, bien charpentée avec ses trois sections, la première et la dernière portant sur De Stijl et encadrant la partie centrale réservée à Mondrian – où l’on peut voir aussi la reconstitution de son atelier de la rue du Départ. A côté de Mondrian, grand théoricien de l’art abstrait, l’autre chef de file du mouvement Theo Van Doesburg est également représenté avec de nombreuses œuvres.

Couverture du n°1 de la revue De Stijl

 

C’est en 1918, une année après la fondation officielle du groupe et la publication du premier numéro de la revue qui diffuse et rend publique la doctrine du mouvement, que les créateurs du Stijl synthétisent leur vision esthétique et sociale commune : le premier manifeste appelle à un nouvel équilibre entre l’individuel et l’universel et milite pour la libération de l’art des contraintes du culte de l’individualisme. Le Stijl, vision utopique et engagement dans la production du réel du monde industriel, prend ses sources à la fois dans la philosophie de Spinoza et dans le mouvement théosophique alors largement répandu en Hollande (NDLR : et qui à la même époque a beaucoup influencé aussi D.H. Lawrence). (…) Durant les quatorze années de son existence, le mouvement transdisciplinaire offre une transcription formelle, plastique, picturale et architecturale des principes d’une harmonie universelle, et la met en œuvre. La peinture, la sculpture, la conception de mobilier et le graphisme, l’architecture et bientôt l’urbanisme sont les supports de cette expérimentation conduite simultanément. (Extrait de la présentation)

 

On connaît bien la « grammaire formelle » ainsi élaborée, l’usage strict des couleurs primaires (bleu, jaune, rouge), du blanc et du noir appliqués en aplat, l’emploi de lignes droites et orthogonales, la limitation des formes et la géométrisation des volumes. Un des mérites essentiels de l’exposition est de montrer comment Mondrian et ses petits camarades en arrivent peu à peu à ce dépouillement extrême (par exemple dans les toiles successives sur les arbres). Et aussi, par la juxtaposition d’une grande quantité d’œuvres paraissant similaires, d’attirer l’attention sur le détail et le fonctionnement interne de chaque tableau.

Piet Mondrian : Arbre gris

 

« Je construis des lignes et des combinaisons de couleurs sur des surfaces planes afin d’exprimer avec la plus grande conscience la beauté générale. » (Mondrian, lettre à H.P. Bremmer, 29 janvier 1914). On est tenté, devant cette affirmation, de penser à la fameuse injonction de Maurice Denis, une vingtaine d’années plus tôt : « Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » (Définition du Néo-traditionalisme, revue Art et Critique, 30 août 1890). Mais chaque mot compte, et Mondrian explicite dans cette phrase son projet global, travailler avec conscience, exprimer la beauté du monde.

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Source images : MLK Maryk Website


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