Les « memento mori » de Bertrand Blier

« Vous avez une tête
à avoir des drôles d’idées… »
(Première scène de Buffet froid).

Trente ans avant son Bruit des glaçons, Bertrand Blier nous exposait déjà son univers obsessionnel avec un film que je n’hésiterai pas à qualifier de chef d’œuvre, Buffet froid (1979). L’ayant revu récemment en DVD, j’ai constaté qu’il n’a rien perdu de son mordant, de son humour glacial, de sa capacité jubilatoire. Buffet froid est une admirable mécanique de l’absurde qui nous piège dans les détours de sa logique particulière.

Blier, réalisateur, scénariste et dialoguiste du film, y fait évoluer un trio infernal composé de Depardieu (encore svelte) en chômeur dépressif, Jean Carmet en tueur de dames pusillanime et son propre père, Bernard Blier, en commissaire de police plus que cynique. Ils sont parfaits. Ajoutons des dialogues qui font mouche à chaque instant, avec l’usage sans doute auto-parodique d’un argot quelque peu daté (exemple : « ça me file le traczir »…)

On tue beaucoup dans ce film, sans rime ni raison. C’est juste que la mort est toujours là et peut frapper n’importe qui à chaque instant : memento mori… On pourrait pourtant faire une autre lecture du film, qui serait une dénonciation de la solitude et de l’incommunicabilité de l’individu dans les grandes villes d’aujourd’hui ; ce n’est pas par hasard que Buffet froid commence à la station RER de La Défense. On pourrait, mais ce serait bien moins drôle…

Soit dit en passant, justement, Buffet froid se passe presque entièrement en milieu urbain, de la tour flambant neuve et largement inhabitée où vit Alphonse Tram (Depardieu) au pavillon de banlieue où loge le tueur. Seules les dernières séquences se situent à la campagne, mais le talent de Blier est tel que même la verdure est grinçante, chez lui. La scène ultime possède la beauté parfaite de Carole Bouquet, qui met le point final en bouclant la boucle, logique impeccable de l’illogique.

Deux articles intéressants à lire en ligne sur ce film :

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