Le journal intime de Kertész

Autoportrait, Paris, 1927

 

Il y a longtemps que j’aime les photos de Kertész, c’est pourquoi j’ai eu grand plaisir à découvrir la grande expo que lui consacre le musée du Jeu de Paume. D’après ce que dit le musée, il semble que cette rétrospective soit la première réalisée en Europe, depuis la mort du photographe en 1985. Et cela bien qu’il ait fait don de tous ses négatifs à l’État français. D’origine hongroise, André Kertész avait passé une douzaine d’années en France (de 1925 à 1936 environ) avant de s’établir à New York à la veille de la 2e guerre mondiale.

Les  images des premières années en Hongrie montrent de nombreuses photos de son frère Jeno, qui est le nageur de la photo figurant sur l’affiche. (C’est passionnant de voir dans l’expo le cliché d’origine et le léger recadrage qui aboutit à l’image définitive). Le début de l’expo, toutefois, peut sembler quelque peu ingrat, en raison du nombre d’images exposées sous forme de « contacts » minuscules (les loupes fournies ne servent pas à grand-chose). Mais cela s’arrange par la suite.

« L’exposition montre comment, dans l’œuvre de Kertész, s’élabore une poétique de la photographie, « un véritable langage photographique » selon ses propres termes. Le parcours d’images proposé met en valeur l’autonomie de chaque photographie, tout en le ponctuant par des séries ou des thèmes récurrents (comme par exemple les distorsions, les buildings new-yorkais, les cheminées ou la solitude). » (Présentation du musée)

Nageur sous l'eau, Esztergom, 1917

Je ne suis pas très attirée (mais c’est une question de goût personnel) par les célèbres distorsions, même si je reconnais qu’il s’agit d’une forme intéressante d’innovation dans le langage pictural. Je préfère les images les plus simples, les plus sobres. D’autres me parlent d’histoires que j’ai oubliées, comme le petit train qui passe sur le viaduc de Meudon. Image d’enfance et analogie qui m’apparaît soudain avec les trains qui figurent souvent à l’arrière-plan des tableaux de Chirico.

Chez Mondrian, 1926

La photographie de Kertész est animée par ses émotions, ses liens affectifs, elle possède une coloration sentimentale sans complaisance ni mièvrerie. « J’interprète ce que je ressens à un moment donné. Pas ce que je vois, mais ce que je ressens », disait-il. Son travail se révèle ainsi comme une sorte de « journal intime visuel ». Les nombreuses images de Washington Square, prises depuis son appartement new-yorkais, illustrent ce regard qui explore les signes de la ville à travers des cadrages successifs fournissant des voies d’interprétation. Son regard discret et mélancolique qui nous accompagne à travers ce très beau parcours.

Images du musée du Jeu de Paume

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