Falsifications en tous genres

 

 

 

 

J’ai repris le chemin de la Cinémathèque pour aller voir Vérités et mensonges (en VO : F for Fake) d’Orson Welles. Orson Welles était un génie, un géant et un génie, aucun doute là-dessus. Ce film sorti en 1974 est l’un de ses derniers et c’est une merveille d’intelligence et de subtilité. Bien avant que Kiarostami se saisisse du sujet (dans Copie conforme), c’est une variation aux multiples détours sur le vrai et le faux, le réel et le virtuel, l’authenticité et le jeu des apparences. Les histoires s’emboîtent les unes dans les autres, se combinent, se démentent. Est-ce que deux négations valent une affirmation ? Est-ce que deux mensonges croisés produisent une vérité ? Ne croyez pas tout ce qu’on vous raconte…

Le film se présente comme une sorte de documentaire où Orson Welles tient son propre rôle et celui du narrateur omniprésent, en voix off quand il n’est pas à l’écran, et qui tire toutes les ficelles. Il apparaît au début dans la Gare d’Austerlitz, habillé en prestidigitateur, annonçant qu’il va dire « toute la vérité » sur Elmyr de Hory. Ce dernier, émigré hongrois retiré à Ibiza, a été l’un des plus grands faussaires du 20e siècle, et ses œuvres, de Braque à Van Dongen en passant par Picasso, Matisse ou Modigliani, ont trompé les meilleurs experts. (Experts qui, soit dit en passant, en prennent pour leur grade dans le film…) Il a notamment, dans une phase de son activité de faussaire, été associé à un autre escroc, le marchand d’art Fernand Legros.

Elmyr de Hory à l'époque du film (image Wikipedia)

Elmyr de Hory lui-même – irrésistible de roublardise – vient raconter son histoire, comme le fait Clifford Irving, auteur d’une fausse biographie de Howard Hughes, et l’actrice croate Oja Kodar, compagne d’Orson Welles. Toutes ces intrigues savamment emmêlées servent à Welles pour développer de manière éblouissante ses idées sur le rôle de l’art à travers ses rapports avec le réel et la vérité. Il prend comme exemple le cinéma, mais son propos reste valable pour toutes les formes d’art et toutes les époques. (On pourrait dire « classique » alors ?)

Cela pourrait être pédant ; c’est souvent insistant, mais léger et jubilatoire ; on voit bien que Welles s’amuse comme un petit grand fou à nous rouler dans la farine. Il évoque dans une séquence la célèbre adaptation radiophonique de la Guerre des Mondes (en 1938) qui fit croire toute l’Amérique terrifiée à une invasion de Martiens… Un autre réalisateur intervient aussi pour lui renvoyer la balle, c’est François Reichenbach, pas moins. On voit passer aussi de grands acteurs, Joseph Cotten, Laurence Harvey, Jean-Pierre Aumont. Et le fantôme de Picasso…

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