Louons maintenant les traducteurs


La traduction fait venir en faisant revenir ;
elle fait advenir comme pour la première fois.

Michel Deguy

Le 30 septembre sera la Journée internationale de la traduction. Je suis habituellement agacée par les journées de ceci et de cela, qui sont légion, et souvent l’occasion de négliger complètement, le reste de l’année, le sujet honoré ce jour-là, mais je vais faire une exception.

 

La date n’a pas été choisie au hasard car c’est le jour de la saint Jérôme, qui est le patron des traducteurs. Jérôme vient d’un prénom d’origine grecque, Hieronymos, formé à partir des mots hieros (sacré) et onoma (nom).

 

Jérôme de Stridon ou saint Jérôme, en latin Eusebius Sophronius Hieronymus (vers 340-420) est né à Stridon (aujourd’hui Štrigova), à la frontière entre la Pannonie et la Dalmatie (l’actuelle Croatie). Il fait des études à Rome, se convertit à l’âge de 25 ans suite à un rêve mystérieux lors d’une maladie, puis, après un séjour en Gaule, part pour la Terre Sainte en 373 où il vit en ermite dans la « Thébaïde de Syrie », au sud-ouest d’Antioche. Il est ensuite ordonné prêtre. En 383, le pape Damase 1er le choisit comme secrétaire et lui demande de traduire la Bible en latin. À la mort du pape, il doit quitter Rome et retourne en Palestine en compagnie de Paula, une noble dame romaine (sainte Paule). Ils fondent un monastère double à Bethléem où Jérôme meurt en 420. Durant les trente dernières années de sa vie, Jérôme se consacre à la rédaction de l’Ancien Testament en latin à partir de sa propre traduction de l’hébreu. Il rédige également des commentaires sur l’Ancien et le Nouveau Testament. Sa traduction constitue la pièce maîtresse de la Vulgate, traduction de la Bible officiellement reconnue par l’Église catholique – elle est déclarée « canonique » par le Concile de Trente (1545-1563).

 

La traduction est un art difficile, un travail souvent ingrat mais évidemment indispensable. Jusqu’ici du moins, ce travail est resté une activité essentiellement humaine. Des tentatives ont été faites pour automatiser et informatiser la traduction, mais toute personne sensée connaissant une langue étrangère et ayant essayé de se servir d’un logiciel de traduction automatique en voit immédiatement les limites : au mieux le résultat est comique, au pire il peut donner lieu à des malentendus fâcheux. On peut tout au plus – pour le moment – utiliser ces programmes comme support de la traduction humaine.

 

Évidemment, tous ceux qui aiment lire sont redevables aux traducteurs pour l’accès ainsi obtenu aux littératures des autres langues. Sans eux, je n’aurais jamais pu lire ni Kafka, ni Dostoïevski, ni Gao Xingjian (par exemple)…

 

Bien des auteurs de première importance ont réfléchi aux problèmes de traduction, comme Paul Ricœur ou Umberto Eco. Je recommanderais aussi à ceux qui seraient intéressés la lecture du livre de George Steiner Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, (Albin Michel, 1978, puis édition revue et corrigée en 1998 – titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation). Il comprend, en même temps que les vues de Steiner sur la question, des exposés très clairs de toute la problématique du passage d’une langue à l’autre.

Saint Jérôme par Antonello da Messina, 1460 (image Web Gallery of Art). Le saint patron des traducteurs a été très fréquemment représenté par la peinture au Moyen Age et à la Renaissance, notamment "au désert" ou dans des tableaux évoquant la légende du lion qu'il aurait secouru.

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