Un régal pour les yeux

C’est la perception du temps fort qui commande le déclic,
cet instant où nous estimons, au terme d’un rapide balayage
du champ couvert par le viseur, que nous tenons,
rassemblées dans une composition idéale, les diverses figures
articulant ce ballet dont le chorégraphe, souvent génial,
a pour nom le Hasard.
Willy Ronis

Certaines de ces images, on les connaît par cœur, le gamin de Paris courant, le pied léger, avec sous le bras une baguette de pain plus grande que lui (je suis sûre que c’est un best-seller auprès des touristes américains), ou les amoureux de la Bastille sur fond de toits parisiens. Mais ce serait injuste de réduire le travail de Willy Ronis à ces clichés trop connus, ou à une évocation de temps disparus qui ferait la part trop belle à la nostalgie.

Il suffit pour s’en souvenir d’aller voir la grande exposition (environ 150 photographies, sous le titre de « Willy Ronis, une poétique de l’engagement ») que la Monnaie de Paris propose actuellement (et jusqu’au 22 août). Elle est organisée de manière thématique, couvrant en premier le Paris des années 40-50 ; puis les questions sociales, grèves, manifestations, conditions de travail ; plusieurs reportages effectués aux Pays-Bas, à Londres, à New York ou dans les pays de l’Est ; enfin les photos « intimistes » de la vie quotidienne dont témoigne l’affiche avec son délicieux « Nu provençal ».

« Au fil des images et des textes, on découvre ainsi un photographe désireux avant tout d’explorer le monde, épiant en secret, attendant patiemment que celui-ci lui dévoile ses mystères. À ses yeux, l’important est davantage de recevoir des images que d’aller les chercher, d’absorber le monde extérieur plutôt que de le saisir et, de là, bâtir son propre récit. » (Marta Gili, commissaire de l’exposition)

Du noir et blanc, que du noir et blanc, mais un régal pour les yeux. Un superbe travail sur la lumière. Et un regard toujours bienveillant sur l’être humain. Dans le film présenté à l’exposition, Willy Ronis explique comment il a commencé à s’occuper sérieusement de photo – en 1936, pour couvrir le 14 juillet du Front Populaire – et comment il a décidé de ne plus en faire – en 2001 ou 2002, se voyant incapable (mais il avait déjà plus de 90 ans) de travailler « à main levée » comme il avait toujours fait.

Pub à Soho, Londres, 1955. © Willy Ronis/Rapho/Eyedea Illustration

Photographe « humaniste », militant de gauche (compagnon de route du PC, dans les années où cela avait un sens), Willy Ronis avait été cohérent en faisant de son vivant donation de son œuvre à l’Etat. Ce n’est donc que justice si cette grande exposition lui rend hommage en 2010, quand on aurait dû fêter son centenaire ; mais il est parti l’an dernier sur la pointe des pieds.

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On peut voir plein d’images chez Monsieur Photo et sur Rue 89.

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