Frustration picturale

Je me suis fait piéger encore une fois, mais c’est la dernière, c’est juré. Certes l’affiche du musée Jacquemart-André : « Du Greco à Dali – les grands maîtres espagnols » était alléchante. Mais en fait, c’est exactement le même cas de figure que pour les primitifs flamands, à l’automne 2009, dans le même musée : une annonce flamboyante, et une expo maigrichonne. Évidemment, elle ne peut pas être très large, car les locaux du musée sont exigus (d’où d’autres désagréments : chaleur, affluence très vite gênante, etc.). Mais ce n’est pas la seule raison.

En l’occurrence, pour être précis, on a exactement 52 œuvres, et si Dali est représenté avec plusieurs pièces (dont un très beau Christ en ascension – ci-contre), le Greco n’est présent que par une seule, et minuscule (de format plus petit qu’une carte postale…) Il y a certes plusieurs tableaux de Murillo, et le magnifique Saint Jérôme de Ribera (qui fait l’affiche), mais aussi et surtout une majorité de peintres mineurs, par exemple une dizaine de tableaux de Joaquin Sorolla – pas sans intérêt, mais de là à le considérer comme un « grand maître espagnol », non… Somme toute, le problème vient de ce que l’expo reste bien en deçà de ce que son titre annonce (1) : alors pourquoi un tel titre, sinon pour attirer à tout prix le visiteur crédule ?

Pour ne pas rester dans la déploration, je dirai que j’ai tout de même apprécié plusieurs œuvres, et découvert le peintre Darío de Regoyos présent avec un sobre Por los muertos, deux enfants en prière sur un fond très sombre.

Le Saint Jérôme de Ribera

L’exposition est basée sur une sélection d’œuvres provenant de la collection d’un homme d’affaires mexicain d’origine espagnole, Juan Antonio Pérez Simón. Commencée dans les années 1970, sa collection est l’une des plus importantes d’Amérique Latine avec environ 1500 peintures, sculptures, dessins, gravures, objets d’art décoratif, manuscrits, mais aussi une bibliothèque de plus de cinquante mille volumes. Pérez Simón est un des plus prospères hommes d’affaires mexicains ; il est vice-président de Telmex (Teléfonos de México) et président de la chaîne de grands magazins Sanborns, rachetée en 1985 par le richissime Carlos Slim. (Sanborns a notamment un magasin implanté à Mexico dans la célèbre Casa de los Azulejos, située si je ne me trompe avenue Cinco de Mayo.) C’est tout de même réconfortant de voir que certaines personnes qui ont beaucoup d’argent en font un tel usage, même s’il entre dans cette démarche une part de vanité. Il paraît que Juan Antonio Pérez Simón projette de fonder un musée à Mexico (dans le quartier Polanco).

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(1) Un article de Connaissance des Arts expose très bien la question : voir ici.

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