Jeux d’apparences

Copie conforme, un film d’Abbas Kiarostami

J’avais tellement aimé d’autres films de Kiarostami, dont le superbe Goût de la cerise, que j’étais toute prête à adorer celui-là. Et en plus, avec Juliette Binoche ! Et puis, tourné en Toscane ! Et puis non, je suis (un peu) déçue. Je n’ai pas vraiment accroché – je ne sais pas très bien pourquoi, ce qui m’a manqué, ou ce qu’il y avait de trop.

On connaît l’histoire, « boy meets girl », une rencontre entre un homme et une femme, deux étrangers en Italie. L’homme est un écrivain anglais qui vient donner une conférence ; la femme, une antiquaire française. Lui est de passage pour présenter son livre, elle vit là. Elle l’emmène dans un petit village italien du sud de la Toscane, Lucignano (le village existe). Et puis retournement, on nous suggère que les deux personnages ne viennent pas de se rencontrer, au contraire ils sont en couple depuis quinze ans, et l’homme est souvent absent, c’est d’ailleurs le principal grief de la femme contre lui…

Ce n’est pas cela qui me pose problème, je trouve au contraire que c’est plutôt bien amené et bien développé, cette incertitude (couple ancien ou futur ?) qui permet de considérer les propos tenus, les actes manqués, les revirements tantôt sous un angle, tantôt sous un autre. « Une femme peut en cacher une autre », dit Juliette Binoche. Le film est d’ailleurs une variation aux multiples détours sur le vrai et le faux, l’authenticité et le jeu des apparences, comme le livre que l’écrivain est venu présenter et qui traite de la comparaison entre les œuvres d’art et leurs copies. Il y a d’ailleurs une scène très réussie où l’on voit, debout sur la place du village, un homme vu de dos qui parle, assénant des vérités déplaisantes (« tu verras bien que tu as tort », etc.) On croit d’abord qu’il s’adresse à la femme qui lui fait face, et que l’on voit, nous, par-dessus son épaule ; on s’aperçoit ensuite qu’il parle à quelqu’un d’autre dans son téléphone mobile… Tout cela est plutôt bien vu, bien venu. Et fort bien interprété.

William Shimell et Juliette Binoche dans Copie conforme

Qu’est-ce qui ne va pas, alors ? C’est peut-être trop bavard, ces deux-là (le couple principal) n’arrêtent pas de parler. Ce qu’ils disent n’est pas forcément sans intérêt, mais cela nous empêche un peu de les voir vraiment. Je mesure bien que mon argument est des plus faibles, et qu’il ne me reste, comme à un juré, que mon intime conviction. Qui peut suffire à un verdict…

— Photo du film provenant du site « Comme au cinéma ». Je n’ai pas mis l’affiche parce que je la trouve moche.

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