Je rencontre la Châtelaine de Vergy

 

Quand je pense qu’il aura fallu que je lise Quignard (Vie secrète) pour apprendre l’existence de la châtelaine de Vergy… Bon, je n’ai pas fait d’éudes de littérature médiévale, mais tout de même… Le poème de La Chastelaine de Vergi est l’un des joyaux de la littérature française du Moyen Age. Ce roman d’amour courtois en vers a été écrit vers l’an 1240. Il en subsiste vingt-deux manuscrits connus datant du XIIIe au XVIIIe siècle. Le livre (en édition bilingue) est aujourd’hui disponible en Folio. L’histoire a été souvent reprise par la suite, notamment par Marguerite de Navarre, l’auteur de l’Heptaméron.

 

Une histoire qui commence plaisamment et qui finit tragiquement… La châtelaine de Vergy (orthographe moderne du lieu, village de la Côte d’Or) s’éprend d’un beau chevalier, compagnon du duc de Bourgogne. Un petit chien laissé dans son verger est le signe indiquant au chevalier qu’il est attendu. La duchesse de Bourgogne, elle aussi, brûle d’amour pour le chevalier. Mais il ne cède point à ses avances. Le dépit pousse la duchesse à dire à son mari que le chevalier lui a déclaré sa flamme. Pour se justifier, celui-ci avoue au duc le véritable objet de son amour, et il lui confie le jeu du petit chien qui favorise ses rencontres avec la châtelaine. La duchesse apprend bientôt le secret. Elle entreprend de se venger du chevalier, en montrant à la châtelaine de Vergy qu’elle n’ignore rien de ses amours. Désespérée par ce secret trahi, la châtelaine meurt de chagrin. Le chevalier tire une épée et se frappe en plein cœur. Le duc, fou de colère, tue sa femme et s’engage dans l’ordre des Templiers.

source  : d’après le site de l’abbaye de st Vivant à Vosne-Romanée

voir aussi site WebQuest

Image du Codex Manesse (début 13e s.) - Wikipedia

 

« Le pur amour (la fin’amor, féminin dans la langue d’oc) qui est apparu dès la fin du XIe siècle dans le cadre de ce qu’on appelle la courtoisie est assorti de l’obligation quasi sacrée qui est faite aux amants de tenir absolument secrète leur liaison, généralement adultère. Quand le troubadour chante sa dame, il ne la désigne que sous un pseudonyme et se garde de dire « qui c’est ». Mais plusieurs textes médiévaux, notamment le célèbre et tragique récit en langue d’oïl intitulé La Châtelaine de Vergy, nous apprennent que c’est la dame elle-même qui interdit comme par contrat à son amant de révéler à qui que ce soit le lien amoureux qui les unit, sous peine de voir celui-ci détruit à tout jamais. Cette rigoureuse loi du secret, foncièrement étrangère à la simple prudence sociale, est ainsi posée comme la caractéristique majeure et le sceau de l’originalité propre du nouvel art d’aimer – en fait très éphémère – qu’ont « inventé » la civilisation et les lettres du Moyen Age occidental. »

Charles Baladier, revue Sigila, printemps-été 1998

 

Pas étonnant que Quignard (dont il sera question à nouveau bientôt sur ce blog…) s’intéresse à cette histoire, étant donné l’importance que le silence et le secret revêtent dans sa propre œuvre. Il la rapproche des principes énoncés par Yamamoto Tsunetomo dans son traité Hagakure (littéralement « à l’ombre des feuilles ») sur les devoirs du samouraï. « Je commence par le secret parce que je crois que le sacrifice du langage est l’injonction la plus profonde organisant le rituel de l’amour humain », note Pascal Quignard dans Vie secrète. Et à la fin du même chapitre, relativement à l’anonymat conservé par l’auteur de la Chastelaine : « Il est à certains égards inévitable que l’auteur de ce roman sur le secret n’ait même pas songé à delivrer ni aux contemporains ni à la postérité son nom. »

*             *             *

 

Il existe, aux Musées de la Cour d’Or de Metz, une plaque d’ivoire sur laquelle sont gravées huit scènes du livre, réparties sur deux registres. Le roman avait eu un énorme succès dans les cours occidentales à partir du XIIe siècle et on retrouve ce thème dessiné ou sculpté sur des tablettes à écrire, des miroirs, des peignes ou des coffrets à bijoux.

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