Bande de crâneurs…

« J’habite dans le labyrinthe de mon crâne »
Heiner Müller

Je n’ai pas compté le nombre de crânes que présente actuellement (et jusqu’au 28 juin) l’exposition Vanités : de Caravage à Damien Hirst, au musée Maillol. Assurément, il dépasse la centaine… Sur le thème qu’on va dire rebattu de la fascination de la mort, depuis l’Antiquité (avec une mosaïque de Pompéi) jusqu’à nos jours, le parcours mélange allègrement les époques et les formes (peinture, sculpture, photographie, objets). On peut reprocher à ce choix un manque de rigueur – et les critiques ne s’en sont pas privés – mais je trouve qu’il permet au contraire de confronter des approches qui, au fil des siècles, ne sont pas foncièrement différentes : terreur et fascination continuent à se tenir la main.

On a pu aussi, comme Philippe Dagen dans le Monde (qui parle de « foire aux vanités »), critiquer le choix des œuvres présentées :

« Deux époques se partagent le parcours : un tiers de XVIIe siècle européen, deux tiers d’art moderne et contemporain, très majoritairement occidental. Or, dans les deux cas, les oeuvres se séparent en deux classes : celles dans lesquelles s’inscrit un émoi ou une pensée intense et celles qui ne sont que la déclinaison, habile et mercantile, d’un genre codifié. »

Même si elles ne sont effectivement pas d’intérêt et de niveau égal – encore que ces évaluations soient forcément subjectives – il me semble que leur juxtaposition vise aussi à montrer à quel point des constantes persistent dans le thème du memento mori : et la présence obsessionnelle des crânes et des squelettes en fait partie.

Il serait évidemment fastidieux de tout énumérer. Je mentionnerai donc simplement les noms de Jean-Michel Basquiat, Gupta, Markus Lüpertz, Spoerri (réjouissant « La Lionne et le Chasseur »), Hélion, Braque, Max Ernst, Jan Fabre… J’aime beaucoup le RIEN de Jean-Michel Alberola, où le mot RIEN écrit en néon rouge adopte la forme d’un crâne. Et naturellement chez les plus anciens, les méditations de saint François vues par le Caravage, Zurbaran (image ci-dessous) et La Tour.

Je me suis souvenue aussi, durant cette visite, de l’exposition qui s’est tenue il y a une dizaine d’années au musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, se trouvant alors à Paris à la Porte Dorée, et qui avait pour titre « La mort n’en saura rien »[1] – exposition que J.B. Pontalis évoque dans son beau livre Traversée des Ombres.

En rentrant de l’exposition, dans un tout autre quartier, j’ai croisé une jeune femme qui portait en broche, au revers de sa veste, un miroir en forme de tête de mort.

Source images : Alberola ici, Zurbaran là


[1] Ce « titre énigmatique » était emprunté, rapporte Pontalis, à deux vers de Guillaume Apollinaire dans le Guetteur mélancolique : « Nous dansons sur les tombes/La mort n’en saura rien ».

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2 réflexions au sujet de « Bande de crâneurs… »

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