Edvard Munch ou l’histoire d’un cri

Je vous le dis d’emblée, je ne suis pas du tout d’accord avec l’axe choisi par la Pinacothèque de Paris pour présenter son exposition consacrée à Edvard Munch, axe que résume le titre donné à cette expo : « Edvard Munch ou l’Anti-Cri ».

Munch en 1912. Photo Wikipedia

« Edvard Munch (1863-1944) est connu exclusivement pour une seule œuvre : Le Cri. Travail certes emblématique, mais si peu représentatif de l’ensemble de son œuvre. La notoriété exagérée de ce tableau a eu pour conséquence d’occulter la réelle dimension et le vrai message de l’artiste. », indique le musée dans sa présentation. A mon avis, il y a beaucoup à contester dans ces affirmations. D’abord, Le Cri est certes un tableau très connu, comme le sont d’autres, notamment ceux qui ont eu en leur temps un succès de scandale (je pense à L’Origine du monde de Courbet) mais ce n’est pas le seul tableau de Munch que l’on rencontre dès que l’on s’intéresse à la peinture. Ensuite et surtout, comment le voir comme « peu représentatif de l’ensemble de son œuvre » ? Il l’est tellement au contraire, à la fois en ce qui concerne les techniques expressionnistes portées à leur apogée, et les thèmes récurrents chez Munch, que l’on pourrait résumer par « angoisse existentielle ». Que montrent en effet de nombreuses autres œuvres du peintre norvégien parmi celles présentées à la Pinacothèque ? Des êtres humains solitaires, désespérés, pleurant, malades, mourants, qui semblent condamnés à cette solitude et à ce désespoir. Même l’amour ne constitue pas une réponse (ou pas une réponse suffisante) à cette question primordiale. Le grand ouvrage de Munch intitulé La Frise de la Vie est un cyle qui comprend plusieurs thèmes : éveil de l’amour, épanouissement et mort de l’amour, peur de la vie, mort.

Munch : La Jeune fille et la Mort, eau-forte, 1894

La Pinacothèque a raison, par contre, d’insister sur l’apport original de Munch aux techniques picturales et la liberté de sa démarche. « Il est prodigieux de remarquer dès les années 1880 Munch s’attaquer aux couches de couleur, de le voir véritablement labourer la surface picturale ou encore laisser son œuvre sous la pluie et la neige, transférer des photographies et des films muets à l’intérieur de ses toiles et de ses œuvres graphiques. Surprenant encore la transgression avec laquelle il supprime les frontières entre les supports et les techniques, dans ses gravures, dessins, peintures, sculptures, collages, photographies et films. » Tout cela est juste ; mais je ne vois pas en quoi c’est contradictoire avec la thématique de Munch, qui exprime sa vision spécifique du monde ; au contraire, toute cette inventivité, toute cette audace viennent à l’appui des thèmes traités et ne font que leur donner davantage de force.

Compléments

L’image de la gravure provient du site  La mort dans l’art.

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4 réflexions au sujet de « Edvard Munch ou l’histoire d’un cri »

  1. Bonjour Elizabeth, j’ai suivi le lien vers le site « la mort dans l’art », je découvre, je complète mes maigres connaissances. Merci.
    Sur l’expo, et les paragraphes qui y invitent, je pense que, parfois, il faut écrire quelque chose qui « heurte », qui interroge, qui impatiente, pour attirer le public (ou les ignorants comme moi) : j’avoue être de ceux qui ne connaissent pas Munch mais qui savent à quoi ressemble « le cri », ce sont ces personnes là qu’il faut réveiller à d’autres choses, à d’autres formes, couleurs, ambiances. Toi tu es d’une autré étoffe, merci de déshabiller de ton regard nos fenêtres calfeutrées 🙂
    Bonne journée !

  2. Ping : Leaule

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