Un petit coin de carrelage rose

« Le tableau dit à l’homme :
ce que tu penses ne me regarde pas. »
G. Perros

Il est trop tard maintenant pour voir l’exposition L’Âge d’Or hollandais, à la Pinacothèque de Paris, puisqu’elle s’achevait le 7 février. J’y suis allée dans les derniers jours. En association avec le célèbre Rijksmuseum d’Amsterdam, elle présentait un ensemble de plus de cent trente pièces, dont une soixantaine de tableaux, représentatifs de l’une des périodes les plus riches de l’histoire de l’art occidental, le 17e siècle hollandais.

Comme le souligne la Pinacothèque, il convient de mettre à part « des individualités comme Vermeer ou Rembrandt qui finalement ne sont pas très représentatifs de cette époque. Ils en sont pourtant devenus les symboles. » L’exposition montrait certes plusieurs Rembrandt, dont le très beau Reniement de saint Pierre, et un Vermeer fameux, la Lettre d’amour. Mais il n’est pas vain de s’intéresser aussi à d’autres artistes moins connus, tels que Jan Davidsz de Heem, Ambert Jansz van der Schoor, Abraham Mignon, Adam Pynacker, Aert de Gelder, Dirck van Saantvoort.

Pieter de Hooch : Scène d’intérieur avec mère épouillant son enfant (vers 1658). DR

J’ai ainsi particulièrement remarqué le tableau de Jan de Bray intitulé L’Imprimeur de Haarlem Abraham Casteleyn et sa femme Margarieta (1663). L’imprimeur solennel, la main droite levée, semble discourir sur les bienfaits de la science et de l’instruction ; de la main gauche, il tient celle de sa femme, qui le regarde de côté avec tendresse (et de gros yeux globuleux). Mais j’ai surtout passé un long moment avec Pieter de Hooch : Scène d’intérieur avec mère épouillant son enfant (vers 1658). A vrai dire, je n’avais pas remarqué, au début, que ce fût là son occupation, car la silhouette de l’enfant, la tête enfoncée dans le giron de la mère, est plutôt sombre. Ce qui m’avait frappée, par contre, c’était la luminosité de l’image (que la reproduction ne rend pas suffisamment), la complexité de sa composition avec tous les plans successifs, la fenêtre ouverte dans la pièce du fond (une cuisine ?) projetant un carré de lumière sur le carrelage rose orangé, et le petit chien qui, nous tournant le dos, regarde justement dans cette direction. Eugène Fromentin, qui n’était pas seulement un écrivain, mais aussi un peintre de talent, appréciait Pieter de Hooch qu’il évoque dans son livre consacré aux peintres flamands et hollandais, Les Maîtres d’autrefois (1877). Et bien que fort peu proustienne, j’ai tout de même pensé au petit pan de mur jaune de Bergotte. Après avoir vu ce tableau, j’ai aussi envie de lire l’ouvrage de Tsvetan Todorov sur la peinture hollandaise de cette époque, intitulé Eloge du quotidien.

De Hooch peignit ses meilleurs tableaux durant sa période à Delft. La série de cours intérieures qu’il réalisa vers 1658 constitue un apogée dans l’évolution de la peinture de genre et dans la représentation de scènes d’intérieur où les femmes vaquant à leurs occupations quotidiennes ont une place centrale. L’intérêt pour ce thème, vite populaire, se développa dans les années 1640. Les taches ménagères étaient chargées d’évocations morales. On opposait la vanité, la paresse, l’indolence, les plaisirs de la chère ainsi que l’appât du gain aux vertus familiales comme la modestie et la réserve, la piété, la soif d’apprendre, l’économie et la fidélité.  (…)

La peinture de genre hollandaise du 17ème siècle ne peut être envisagée sans l’œuvre remarquable de Pieter de Hooch qui illustre la vie quotidienne au Siècle d’or d’une manière restée inégalée. Vers 1658, l’artiste a peint à Delft une étonnante série de pièces où des femmes vaquent à leurs occupations de tous les jours. Il a décrit ces tâches simples et routinières avec une grande précision et une sympathie manifeste. (…)

Ses tableaux dépeignent une société sereine et apparemment sans souci. Ils ne nous font aucun récit, mais montrent simplement un événement, ordinaire, de la vie quotidienne. Ces scènes familières, de tous les jours, dans lesquelles on voit quelqu’un éplucher une pomme, nourrir un enfant ou verser du lait d’un broc, ressemblent, à première vue, à des instantanés modernes. (Source)

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