Les mystères de l’amour

Voilà un film qui ne peut pas laisser indifférent : Persécution, de Patrice Chéreau. Un superbe portrait, un personnage presque en permanence à l’écran et sur lequel tout est centré : Daniel (Romain Duris), un garçon dans la trentaine, un écorché vif, mal dans sa peau, que tout dans la vie agresse et qui agresse en retour. Intransigeant dans son désir d’absolu, cruel (involontairement sans doute…) avec ceux qu’il aime le plus, exaspérant souvent, touchant parfois.

Romain Duris - image Allociné

Autour de lui, sa petite amie Sonia, son copain Michel sont les cibles de ses attaques et de son immense besoin d’amour. Persécuteur, Daniel va être à son tour objet de perécution : un inconnu (Jean-Hugues Anglade, époustouflant) l’espionne, s’introduit chez lui, le harcèle de son amour. Patrice Chéreau a abondamment expliqué lors de la sortie du film qu’il s’agit d’une situation vécue ; il n’en reste pas moins que c’est une formidable idée, au plan du scénario, pour montrer comment, dans les relations amoureuses (et même humaines tout simplement) chacun est constamment – même si ce n’est pas au même degré que Daniel – persécuteur et persécuté.

Jean-Hugues Anglade - image Allociné

C’est ce que le film de Chéreau déroule sans complaisance, dans ce « monde sans pitié » du Paris de 2009 où Daniel va de chantier en bistrot, monde urbain d’où la nature est totalement absente. Monde où la violence du réel s’impose à chaque instant (la superbe scène d’ouverture dans le métro, l’accident de moto…) Avec des dialogues précis, sans rien de trop, d’une justesse impitoyable. Alors bien sûr, cela peut ne pas plaire (ce n’est pas fait pour séduire), surtout si votre vie n’a jamais été qu’un long fleuve tranquille – mais c’est rarement le cas…

J’ai survolé les critiques et constaté que le film ne faisait pas l’unanimité, en effet. Mais l’article de Jean-Luc Douin dans le Monde rend justice à Chéreau. Encore une chose : ne partez pas dès la première seconde du générique de fin. Il a pour fond sonore une magnifique chanson, Mysteries of Love de Anthony & the Johnsons[1].


[1] L’article du Monde m’apprend qu’il s’agit d’une une chanson écrite par David Lynch et Angelo Badalamenti pour le film Blue Velvet (1986).

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Une réflexion au sujet de « Les mystères de l’amour »

  1. Je ne sais pas comment je me suis débrouillée mais je l’ai raté. Peut-être tout simplement n’ai-je pas eu le courage d’y aller seule. Trop Chéreau-réceptive, et méfiante depuis ma mésaventure en 2005 avec Gabrielle (en gros : je vais voir le film et une semaine après la presque même situation me tombe dessus dans la vie).
    Ton billet me donne un regret.
    (en plus que je l’ai aussi loupé à Arras puisqu’on n’est pas resté toute la durée du festival).

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