L’intelligence même

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Portrait de Lévi-Strauss par Pablo Secca (image Wikipedia)

Sans doute parce qu’il était centenaire, je le croyais en quelque sorte éternel. C’est ainsi que l’annonce de la mort de Claude Lévi-Strauss m’a surprise. Que dire après l’avalanche d’hommages qui a déferlé depuis l’an dernier, année du centenaire justement. Juste mon impression de citoyenne lambda, impression qui résulte de la lecture de quelques-uns de ses livres (et la conscience que beaucoup d’entre eux dépassaient mes capacités d’entendement), de nombreux articles, et le souvenir de quelques émissions de télévision où, pour peu qu’on disposât (je m’offre le luxe d’un imparfait du subjonctif, parfaitement…) du temps suffisant, il était éblouissant.

Eblouissant de culture, de finesse, d’intelligence. Une intelligence hors du commun, qui a abouti à une œuvre inclassable : ethnologue, anthropologue, certes, mais pas seulement. Il a changé notre regard sur les peuples du monde. Par la largeur de sa vision. D’ailleurs, la revue d’anthropologie qu’il a créée en 1961 s’appelait tout simplement « L’Homme »…
A la limite, il m’apparaît comme un de ces intellectuels de la Renaissance, capable d’embrasser tout le spectre des connaissances humaines et d’en faire la matière de sa réflexion. Si nous étions Japonais, nous aurions dû assurément lui décerner le titre de « trésor national ».

Je songe aussi aux détours du destin. Sans les lois raciales du régime de Vichy, qui le poussèrent en 1940 à quitter la France pour les USA, Lévi-Strauss aurait-il rencontré André Breton, et surtout Roman Jakobson, dont les théories linguistiques ont été d’un apport décisif pour l’élaboration de son propre système de pensée…

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Statue de chamane - Collection Lévi-Strauss, musée du quai Branly

Lévi-Strauss est entré vivant dans la bibliothèque de la Pléiade, un honneur que peu d’auteurs ont connu. Mais un grand nombre de ses livres existent également dans des collections de poche. En plus de le lire, ou de le relire, on peut aussi aller voir les objets de sa collection au musée du quai Branly, qui en détient près de 1500 pièces.

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Quelques documents : le dossier du Courrier de l’Unesco paru lors du centenaire en 2008 – et un livret de Didier Eribon.

Statue de chamane – Collection Lévi-Strauss, musée du quai Branly.

Canada, Colombie britannique, Population tsimshian, Bois patiné, peau peinte, cuir, griffes d’ours, fourrure, cuivre, dents de chien, 85 x 32 cm, Ancienne collection Claude Lévi-Strauss, 71.1951.35.2.

Commentaire du musée : « Cette statue d’aspect saisissant est recouverte d’un vêtement de peaux peintes et, au sommet de sa tête, arbore un diadème de cuir surmonté de griffes d’ours. C’est sur les conseils d’André Breton que Claude Lévi-Strauss fit l’aquisition de ce ‘curio’ destiné au commerce. Il ne s’agit donc pas d’une sculpture rituelle, mais d’un objet produit pour la vente de souvenirs ».

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2 réflexions au sujet de « L’intelligence même »

  1. Merci. Si j’en avais eu le temps, j’aurais essayé d’écrire un court hommage à Claude Lévi-Strauss. Mais tu l’as fait, et beaucoup mieux que ce que j’aurais pu faire. Si tu le permets, je m’associerai à tes mots plutôt que de chercher les miens.

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