« Cette lumière secrète venue du noir »

Le premier mérite de l’exposition que le Centre Pompidou consacre cet automne (et jusqu’au 8 mars 2010) à la peinture de Pierre Soulages est de rendre évidente la profonde cohérence de son œuvre. Le parcours proposé en dix salles suivant un ordre chronologique montre bien comment les éléments essentiels de son travail – grands formats, abstraction totale, domination de quelques couleurs sombres – étaient là dès ses débuts à la fin des années 40. A travers les soixante années qui ont suivi, ce processus s’épure progressivement et se radicalise jusqu’au règne absolu du noir qui est devenu l’essence même de sa peinture.

Extrait de la présentation : Le Centre Pompidou célèbre, par une grande rétrospective, l’œuvre du plus grand peintre de la scène française actuelle, Pierre Soulages. À la veille de son 90ème anniversaire, Soulages, « peintre du noir et de la lumière », est reconnu comme l’une des figures majeures de l’abstraction. (…) Retraçant plus de 60 ans de peinture, l’exposition de cet automne permet une lecture nouvelle du travail de l’artiste en insistant sur les développements récents de son œuvre.

L’exposition rassemble plus d’une centaine d’œuvres majeures créées de 1946 à aujourd’hui, des étonnants brous de noix des années 1947-1949 aux peintures des dernières années (la plupart inédites) qui manifestent le dynamisme et la diversité d’un travail toujours en devenir.

Il semble que Soulages ait participé activement à la conception de l’exposition et aux choix d’accrochage. En salle 5, point-clef qui éclaire le basculement de son univers pictural, il propose ainsi

un dispositif qui permet de basculer dans un autre univers pictural : une salle entièrement noire (murs, sol, faux plafond) à l’exception d’un mur peint en blanc et violemment éclairé. Face à celui-ci, trois peintures noires (appartenant à une suite de sept réalisées du 28 décembre 1990 au 19 février 1991) réfléchissent la lumière. Les œuvres se détachent du mur grâce à un système de potences qui vise à ‘donner aux tableaux leur existence de choses’. Il s’agit, par ce dispositif, de convier le visiteur à changer de regard pour aborder cette ‘peinture autre’ survenue en janvier 1979, en rupture, selon l’artiste, ‘avec la conception classique de ka peinture où le reflet est considéré comme parasitant la vision’. (…) Pour cette peinture sans précédent, Soulages a créé un néologisme : outrenoir. ‘Outrenoir pour dire : au-delà du noir une lumière reflétée, transmutée par le noir. Outrenoir : noir qui cessant de l’être devient émetteur de clarté, de lumière secrète. Outrenoir : un autre champ mental que celui du simple noir.’

Et c’est ainsi que l’on découvre, à mesure que l’on progresse à travers cette œuvre exigeante et austère, des richesses insoupçonnées. Le spectateur est convié à participer à ce ‘triple rapport’ qui s’établit avec l’œuvre-objet et avec le peintre. Ce n’est pas un effort particulier qui lui est demandé mais une sorte de mise en disponibilité lui permettant de percevoir cette ‘lumière secrète’ émise par le noir.

Soulages par Dumas500

Pierre Soulages, photo de Richard Dumas

Roger Vailland (oui, je sais, encore lui) a été un grand ami de Soulages qu’il avait rencontré en 1949. Il lui a consacré un livre, Comment travaille Pierre Soulages (réédité par le Temps des Cerises en 1998), ainsi que plusieurs articles.

Il convient d’être reconnaissant à Soulages d’avoir été le premier parmi les peintres de grand talent, à ne jamais raconter ni décrire. Aucune ambiguïté à aucun moment de son œuvre. Il n’a jamais évoqué la nécessité d’exprimer ses « états d’âme » pour justifier son goût d’étaler des couleurs sur une toile. Il n’a jamais évoqué les expériences des mystiques et les métaphysiques qu’elles impliquent, pour expliquer la concentration nécessaire à son travail. Il ne s’est jamais dérobé derrière des philosophies idéalistes. Il accomplit ses parcours dans un style d’une qualité chaque année plus élevée, et qui atteint parfois au « sublime ». Roger Vailland, « Procès à Soulages », Clarté n°43, mai 1962

J’ai choisi pour illustrer cette note un portrait photographique de l’artiste, trouvant que les reproductions des œuvres sont largement impuissantes à rendre compte de leur intensité et de leur spécificité. Celui-ci provient du site « pierre-soulages.com » qui est très riche de ressources. On peut consulter aussi le dossier du Centre Pompidou.

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