Folie au désert

L’imaginaire est un espace de sentiers qui bifurquent. C’est peut-être parce que Roger Vailland tenait en si haute estime le cardinal de Retz (qui constituait avec Laclos et Stendhal une trilogie récurrente sous sa plume) que je me suis sentie attirée par cet endroit étrange que l’on appelle le désert de Retz. (Je ne sais pas s’il y a un rapport quelconque avec le cardinal, dont malgré l’insistance de Roger je n’ai toujours pas lu les Mémoires).

CommuneRetz_1200-1eC’est un article du Monde, il y a quelques semaines, qui m’a mise sur cette piste, annonçant la réouverture au public (au compte-gouttes, toutefois, et sur inscription préalable) du désert de Retz. Il s’agit d’une « folie », comme on disait alors[1], construite à la fin du XVIIIe siècle par un sieur François Racine de Monville, en lisière de la forêt de Marly. Une folie, c’était selon le TLF une « riche maison de plaisance ». On lit dans le dictionnaire de Furetière, 1690 : « Il y a aussi plusieurs maisons que le public a baptisées du nom de la folie, quand quelqu’un y a fait plus de despense qu’il ne pouvoit, ou quand il a basti de quelque manière extravagante. »

François Racine de Monville était assurément un extravagant de la plus belle eau, qui conçut et réalisa ce projet. La municipalité de Chambourcy, qui acquit le domaine en 2008 pour un euro symbolique, après deux siècles de tribulations diverses, précise que :

CommuneRetz_1200-2e

« Établi dans un domaine de 40 ha situé en bordure de la forêt de Marly, à Saint-Jacques de Roye (ou de Retz), dans la commune de Chambourcy, il se caractérisait notamment par la construction de 17 (ou 20) « fabriques », dont seulement une dizaine subsistent encore. Ces fabriques, qui faisaient référence à l’Antiquité ou à un certain exotisme, comprenaient notamment une glacière en forme de pyramide égyptienne, un obélisque, ainsi qu’un temple dédié au dieu Pan. On y trouvait également un pavillon chinois, aujourd’hui disparu. La plus importante de ces fabriques était la propre maison d’été de M. de Monville, en forme de section de colonne tronquée et ruinée. [Le site connut dans le passé des visiteurs célèbres, parmi lesquels] le roi de Suède Gustave III, à qui Monville offrit des dessins ; le prince de Ligne ; Benjamin Franklin ; le duc de Chartres, futur Philippe-Égalité ; Thomas Jefferson, qui s’inspira de la colonne détruite. Par la suite Colette, André Breton, Guy Debord. »

CommuneRetz_1200-4e

Monsieur de Monville n’a pas de page Wikipedia ou de site en français à son nom. C’est un Américain établi à Paris, Ronald W. Kenyon, qui lui a consacré une page biographique dans son site : “The Désert de Retz – An Extraordinary 18th Century Garden near Paris”. On y apprend que François Racine de Monville, né en 1734, petit-fils d’un fermier général (collecteur des impôts) de Normandie, était considéré par le gratin parisien de l’époque comme « l’un des plus beaux cavaliers de Paris ». La construction du désert de Retz l’occupa de 1775 à 1785. En 1792, après avoir essayé en vain de vendre le domaine à Beaumarchais, Monville le céda à un Anglais, Lewis Disney Ffytche, premier d’une longue série de propriétaires éphémères qui se sont succédés au 19e et 20e siècles. Arrêté en 1794, Monville échappa de peu à la guillotine et mourut en 1797.

PS : Un livre sur le désert de Retz est paru il y a quelques semaines : Le Désert de Retz, paysage choisi, de Julien Cendres et Chloé Radiguet (éditions de l’Éclat). Pour plus de détails, voir les commentaires de cette note.


[1] Quant au terme de désert, il faut y voir un synonyme de lieu de retraite solitaire, et non le sens qu’il a aujourd’hui.

 

Advertisements

4 réflexions au sujet de « Folie au désert »

  1. Si vous voulez en savoir davantage sur le Désert de Retz, permettez-moi de vous inviter à la lecture d’un livre paru le 18 septembre dernier…
    Chaleureusement,
    J.

    Julien Cendres – Chloé Radiguet
    Le Désert de Retz, paysage choisi
    Éditions de l’Éclat

    Préface de François Mitterrand
    Postface de Pierre Morange

    200 illustrations n&b et couleur
    Format 24 x 29 – 176 p.
    ISBN 978-2-84162-195-8 – 46 €

    Contacts
    Michel Valensi : 06 45 75 75 34
    infos@lyber-eclat.net
    Julien Cendres : 06 08 31 11 41
    Chloé Radiguet : 06 19 83 34 57

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s