Changer la vue

On est certainement loin d’avoir épuisé les richesses de ce que le mouvement surréaliste a apporté à tant d’arts et de formes d’expression. Et cette année à Paris, nous sommes gâtés. Après les superbes collages de Max Ernst au musée d’Orsay, c’est le centre Pompidou qui propose, sous le titre un peu abstrait de La Subversion des images, une exposition consacrée à la photographie surréaliste.

Paul Nougé : La Jongleuse, de la série Subversion des images, 1929-1930

Paul Nougé : La Jongleuse, de la série Subversion des images, 1929-1930


Une large sélection des plus belles épreuves de Man Ray, Hans Bellmer, Claude Cahun, Raoul Ubac, Jacques-André Boiffard, Maurice Tabard sera réunie aux côtés d’images inédites, révélatrices des nombreux usages surréalistes de la photographie : publications dans les revues ou les livres d’artistes, publicités, collections d’images, fascination pour le document brut, photomatons, photographies de groupe…

L’événement révèle au public des corpus méconnus de collages d’artistes renommés tels Paul Eluard, André Breton, Antonin Artaud ou Georges Hugnet, les jeux photographiques de Léo Malet ou Victor Brauner et met en lumière des personnalités comme celles d’Artür Harfaux ou Benjamin Fondane.

Plus de vingt ans après « Explosante fixe », l’exposition de Rosalind Krauss et Jane Livingstone, « La Subversion des images » veut questionner les utilisations de la photographie et de l’image animée par les surréalistes et présenter au public une culture photographique du surréalisme. Chacune des neuf salles de l’exposition propose, autour de concepts-clés, de croiser les travaux des artistes avec les différentes applications qui en ont été faites.

En effet, les quelque 400 œuvres qui sont présentées ne sont pas regroupées par périodes ni par thématiques, mais selon le type d’approche auquel elles appartiennent, ce qui les élcaire davantage. On retrouve certes à Beaubourg des images très connues comme celle des larmes de Man Ray, mais je crois que l’essentiel était de montrer le foisonnement tous azimuts qui a animé les artistes, à la fois par l’utilisation de techniques diverses et surtout de points de vue différents sur la photo.

Le titre de l’expo est dû à Paul Nougé, poète surréaliste belge et grand ami de Magritte, dont plusieurs œuvres figurent également dans l’expo. Je pense par exemple à celle qui s’intitule « Camille Goetans écrivant » : c’est la photo ‘normale’ d’un homme écrivant à un guéridon, sauf que le personnage a suspendu son geste et regarde fixement une chaussure de femme à talon haut suspendue dans le vide.

Claude Cahun : Que me veux-tu ? 1929

Claude Cahun : Que me veux-tu ? 1929

En vrac, quelques autres éléments que j’ai remarqués :

  • pour les fans de Roger Vailland, deux photos où il figure dans la première salle, la première d’Artür Harfaux en 1928 (sans titre) montrant Roger Gilbert-Lecomte, René Daumal et Vailland sous forme d’une tête à trois visages ; la seconde anonyme prise en 1924 regroupe les membres du groupe ‘simpliste’ (qui a précédé le Grand Jeu) inscrits dans une étoile à six branches) : les mêmes, plus Robert Meyrat, Pierre Minet et qui diable était le 6e ? ah oui, Maurice Henry ;
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  • les images d’Eli Lotar, notamment celles des abattoirs de La Villette et les montages faits avec Antonin Artaud sur des scènes de théâtre ;
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  • les photos de Claude Cahun, telles que Aveux non avenus ou Que me veux-tu ? (autoportrait double, qu’elle reprend ensuite sous forme de dessin) évoquant la question de l’identité sexuelle ;
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  • Le Caput mortuum[1] ou la femme de l’alchimiste – un article de Michel Leiris  paru dans la revue Documents n°8 (en 1930) avec une photo de William Seabrook. J’ai cherché à me renseigner sur ce Seabrook, que je ne connaissais pas, et j’ai trouvé des choses assez curieuses[2]. Seabrook était un occultiste, explorateur et journaliste américain. Dans les années 1930 il voyage en Afrique et séjourne auprès d’une tribu appelér Guere. Seabrook est intéressé par le cannibalisme et interroge ses hôtes sur le goût de la chair humaine, mais trouvant leurs réponses insuffisantes, il finit par y goûter lui-même (l’article mentionne qu’il aurait mangé une portion de ragoût avec du riz ainsi qu’un steak de belle taille). Il déclare ensuite avoir trouvé cette viande très bonne, et comparable en matière de texture, de couleur et de goût à celle du veau.
Revue Discontinuité : n°1, juin 1928 (numéro unique, publié par Adamov et Claude Sernet)

Revue Discontinuité : n°1, juin 1928 (numéro unique, publié par Adamov et Claude Sernet)

L’expo dure jusqu’au 11 janvier 2010.


[1] « résidu suprême » selon Hegel, semble-t-il

[2] dans la Wikipedia anglophone

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