Gloire au Prince des Penseurs

Dans un article signé de Jérôme Solal : « Jean-Pierre Brisset et les hommes-grenouilles », la très bonne et excellente Revue des Ressources attire l’attention, à juste titre, sur un personnage assez curieux, Jean-Pierre Brisset (1837-1919), qui fait partie de ceux que l’on a coutume de désigner comme « fous littéraires ». Apprécié d’André Breton qui le cite dans son Anthologie de l’humour noir, il était surnommé le Prince des Penseurs, à l’instigation de Jules Romains.

Brisset_Banquet

Quelques éléments biographiques (puisés dans la Wikipedia) :

Né en Normandie, Brisset quitte l’école à douze ans pour aider ses parents à la ferme, puis part à quinze ans comme apprenti pâtissier à Paris. En 1855, il s’engage dans l’armée : suivent des années de guerre, guerre de Crimée, guerre en Italie contre l’Autriche, guerre de 1870. Fait prisonnier, il est envoyé à Magdebourg en Saxe où il apprend l’allemand.

Après plusieurs années passées dans l’enseignement et ponctuées d’inventions sans succès, ainsi que de publications à compte d’auteur, Brisset postule à un emploi dans les chemins de fer et il est nommé en 1879 à la gare d’Orchies, puis en 1880 à la gare d’Angers. En 1883, il publie une nouvelle édition de sa Grammaire logique et reçoit la révélation qui sera le fondement de tous ses ouvrages : « L’homme est né dans l’eau, son ancêtre est la grenouille et l’analyse des langues humaines apporte la preuve de cette théorie. »

brisset-9782842058111En 1900, il fait distribuer à Paris par des crieurs une feuille au format d’un quotidien, La Grande Nouvelle, (La Véritable Création de l’Homme, La Résurrection des morts, Tous les mystères expliqués) qui se présente comme la synthèse de ses travaux. En voici le principe initial : « Toutes les idées que l’on peut exprimer avec un même son, ou une suite de sons semblables, ont une même origine et présentent entre elles un rapport certain, plus ou moins évident, de choses existant de tout temps ou ayant existé autrefois d’une manière continue ou accidentelle. »

[Des exemples de ce raisonnement se trouvent dans l’article de la Wikipedia et dans celui de la Revue des Ressources. Il fonctionne de manière analogue à ce qu’on appelle la « langue des oiseaux » ou des divins calembours de Lacan.]

André Blavier, éminent pataphysicien, est l’auteur d’un ouvrage de référence sur les Fous littéraires, terme dont il expose ainsi la définition, selon « celle qu’en donne Queneau dans Les Enfants du Limon. La première mention apparaît chez Charles Nodier, vers 1830-1840, mais de manière beaucoup trop large. Queneau, avec son personnage de Chambernac, s’est assigné la tâche de resserrer ‘l’ouverture du compas’. On peut dire que c’est un monsieur qui écrit, il a le virus de l’écriture à un tel point que la plupart du temps il se ruine – car il n’a évidemment guère publié qu’à compte d’auteur. Il publie des textes littéraires ou théoriques, sur l’astronomie, l’apesanteur, la marche des marées, les mouvements de la lune, la solution des problèmes sociaux, etc. Mais il est toujours en dehors de tout courant, même extrêmement minoritaire ou marginal, il est en dehors de la doxa et des sous-sous-doxas, il est absolument seul et ne trouve aucun écho. Aucun critique ne parle de lui, aucun contradicteur valable ne se manifeste – même si un fou trouve toujours un plus fou qui l’affole, mais ce n’est même pas le cas. Ce type n’a absolument aucune influence, sur aucun plan, social, littéraire, socio-économique, esthétique… Il n’a aucune importance, mais lui est convaincu de la grande importance qu’il a. C’est un auteur qui veut absolument se voir imprimé, et qui n’est pas lu. Là se trouve évidemment le paradoxe de la situation du chasseur de ‘fous littéraires’, c’est qu’à partir du moment où il le lit et où il en parle, est-ce que le fou littéraire en reste un? La question est toujours pendante. »

Vers 2001, l’épistolière angevine Ernestine Chassebœuf a écrit une série de lettres à des politiciens français, aux universités, aux gares, bibliothèques et hôpitaux psychiatriques pour les convaincre (sans succès) de commémorer Brisset en donnant son nom à une rue, une université, un hôpital…

Tableau d’Olivier Lavigne : A la mémoire de Jean-Pierre Brisset - http://www.art-singulier.com/lavigne/lavigne.htm

Tableau d’Olivier Lavigne : A la mémoire de Jean-Pierre Brisset - http://www.art-singulier.com/lavigne/lavigne.htm

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Bibliographie et extraits de l’œuvre sur ce site.

Sur Brisset, un article aussi sur le site du Collectif Ombrages

Sur les fous littéraires en général, voir le site de l’IIREFL (« Institut International de Recherches et d’Explorations sur les Fous Littéraires, Hétéroclites, Excentriques, Irréguliers, Outsiders, Tapés, Assimilés, sans oublier tous les autres… »)

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