Écritures muettes

C’est bien tardivement, puisque cette exposition s’est achevée le 23 août dernier, que je parlerai d’ Écritures silencieuses, expo qui avait lieu dans les beaux quartiers parisiens, à l’Espace Louis Vuitton (oui, au carrefour des Champs-Elysées, en face du Fouquet’s…) Espace qui a le mérite d’insuffler un peu de matière culturelle dans une zone sinistrée, vouée aux fast-foods et aux souvenirs touristiques.


Le concept de l’expo, point de départ intéressant, fait dialoguer trois tablettes d’écriture polynésienne « Rongorongo », non déchiffrées depuis leur découverte sur l’île de Pâques au XVIIIe siècle[1], avec les œuvres d’artistes contemporains qui tentent, avec ou sans les mots, de dire l’indicible. Démarche qui produit des objets de formes et de supports des plus variés. Il est difficile et hautement subjectif de décider ce qui, en l’occurrence, pourra être ou non pertinent par rapport au projet. Pour ma part j’ai assez tendance à adhérer à l’avis de l’ami Lunettes Rouges qui souligne à quel point, parmi les artistes rassemblés, certains n’ont que « des liens plutôt ténus » avec le thème.

Closky_Alphabet

Mais j’ai comme lui admiré l’aphabet de Claude Closky, composé de cent lettres : les 26 lettres de l’alphabet latin, plus 74 nouveaux caractères de son cru, qui ont l’évidence de leur simplicité. Elles sont constituées, comme les vraies, de trois ou quatre traits au maximum. « Le supplément de lettres semble promettre une multiplication des mots et des nuances du sens, et donc de nouveaux concepts, indique l’artiste[2]. C’est également un recul de la portée symbolique de chaque signe, le recul de l’abstraction nécessaire au signe pour fonctionner, et la remise en cause du pouvoir combinatoire des lettres entre elles. » Pour moi, cette prolifération renvoie aussi au grand écart perpétuel de l’écriture, entre la masse des mots disponibles et la nécessité de l’invention d’une langue spécifique à l’écrivant.

Une œuvre saisissante de Giuseppe Penone, également, cette Inpronta di Linfa/Scrigno (Empreinte de sève/Ecrin) qui associe un tronc d’arbre à une coulée de bronze et un panneau de cuir, mêlant étroitement la nature et l’artefact, comme dans la Matrice de Sève qu’il avait récemment exposée dans la cour de l’Ecole des Beaux-Arts.


[1] Il s’agit de moulages, les originaux étant au musée du Vatican.

[2] Dans le Journal des Arts (tiré à part du n° 307 daté 10 juillet 2009)

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