Classique de chez classique

Sans surprise, mais magistrale, l’exposition « L’imaginaire d’après nature » (jusqu’au 13 septembre 2009 au Musée d’Art Moderne) est la reconstitution de celle qu’Henri Cartier-Bresson avait lui-même réalisée en 1978 et qui avait alors tourné pendant plusieurs années en Europe. Un exemple du regard que peut poser un artiste sur son propre travail, et une sorte de testament photographique puisque c’est alors la période où il décide d’abandonner la photo pour se consacrer au dessin.

Simiane-la-Rotonde, France, 1969 - Musée d'Art moderne de la Ville de Paris - © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

Simiane-la-Rotonde, France, 1969 - Musée d'Art moderne de la Ville de Paris - © Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

Des images peu nombreuses (dans les 70) mais fortement représentatives. Elles sont réparties en quatre sections : après celle des premières œuvres (années 30), nous avons trois sections thématiques, HCB témoin de son temps, HCB photographe de la vie quotidienne, HCB portraitiste. Enfin l’expo est complétée par un petit film où HCB commente son travail à partir de planches contact – avec modestie : « Nous sommes des artisans ».

Il y a certes des photos très, très célèbres comme celle du pique-nique des bords de Marne ou bien celle du gamin de la rue Mouffetard, vous savez, avec un litron de rouge à chaque bras. D’autres qui le sont (un peu) moins, pour moi du moins. Ainsi une visite du général de Gaulle dans le Rouergue en 1961 : la photo représente des gens tassés sur l’escalier d’un perron, cinq mamies en fichu et blouse de satinette noire à petits dessins, et un papy en béret ; tous ont l’air sérieux et légèrement méfiant. La seule personne détendue, à côté d’eux, est un gros chien ébouriffé. Un chien regarde bien un évêque, alors pourquoi pas un général ?

J’ai été bêtement contente de voir que trois images représentaient la Grèce : une scène de rue à Sifnos, avec un escalier dans l’ombre et des maisons cycladiques bien blanches ;  un chemin de terre en Épire où un jeune garçon fait le poirier ; une rue d’Athènes où deux femmes en noir passent devant une maison ancienne à caryatides passablement décaties (maison qui existe toujours, encore plus décatie).

J’ai toujours aimé les portraits et mon jeu consiste alors à accoler à chaque personne une épithète. Voici donc :

Colette mélancolique

Irène et Frédéric Joliot-Curie sinistres (même attitude aux mains croisées, mêmes bouches aux commissures tombantes)

Faulkner sec (avec deux petits chiens secs)

Matisse magique (avec des colombes blanches)

Giacometti pluvieux

Constantin Melnikoff paisible

Alexei Brodovitch perplexe

Willy Varlin attentif

Prévert débonnaire

Braque à l’oeil noir vif et malicieux

Calder en rogne aux sourcils broussailleux

Bonnard maigre et paumé (on dirait un oiseau qui est entré par hasard dans une pièce et qui ne sait plus comment sortir)…

« Photographier, a dit Henri Cartier-Bresson, c’est dans un même instant et en une fraction de seconde reconnaître un fait et l’organisation rigoureuse de formes perçues visuellement qui expriment et signifient ce fait. C’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’œil et le cœur. C’est une façon de vivre. »

—- PS : Je me demande pourquoi le Musée d’Art Moderne ne dispose pas d’un site internet digne de ce nom. Il n’y a qu’une section minimale sur le site de la ville de Paris. J’ai cru longtemps ne pas avoir trouvé la bonne adresse jusqu’à ce que je constate que les documents papier du musée lui-même ne renvoient qu’à celle-là.

Site de la fondation Henri Cartier-Bresson (à Paris, 14e)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s