Dillinger et ses doubles

Le film de Michael Mann Public Enemies est basé sur une histoire vraie (qu’il suit de très près), celle de John Dillinger, un braqueur de banque exceptionnel qui a sévi à de nombreuses reprises dans l’Amérique des années 30.

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John (Toland) Dillinger (1903-1934) était un célèbre gangster et braqueur de banques américain à l’époque de la grande dépression. Natif d’Indianapolis, il devient chef de bande et commet des vols à travers l’Indiana et l’Illinois. Capturé en Arizona et ramené à la prison de Crown Point, il s’évade dans la voiture du shérif. Ses actes criminels – braquages et meurtres de policiers – et ses évasions font de lui un mythe américain auprès d’une partie de la population, qui le compare à Robin des Bois. Déclaré « ennemi public N°1 » par le patron du Bureau of Investigation (BOI, qui sera renommé Federal Bureau of Investigation, FBI[1], en 1935), cette crapule de John Edgar Hoover[2], Dillinger sera traqué sans relâche par Melvin Purvis, l’un des agents fédéraux des plus efficaces. Le 22 juillet 1934, il est abattu dans le quartier de Lincoln Park à Chicago, après être allé voir le film L’Ennemi public n° 1 (Manhattan Melodrama) au cinéma Biograph. Selon les informations du FBI, Dillinger avait été dénoncé par Ana Cumpanas, propriétaire d’une maison close. (Dans le film, les agents du FBI font pression sur cette Ana pour qu’elle le livre.) (Eléments Wikipedia)

Dillinger – tel qu’il apparaît dans le film – est-il sympathique ? Oui et non. Certes, il est loyal envers ses compagnons, et peut se montrer grand seigneur (« Nous sommes là pour l’argent de la banque, pas le vôtre », dit-il au client se trouvant par hasard au guichet). Mais il a tout de même la gâchette plutôt facile – condition de survie, me dira-t-on. On tue beaucoup dans Public Enemies, et les scènes de fusillade y sont nombreuses, longues et bruyantes… En la matière, d’ailleurs, le FBI n’a rien à envier aux gangs. Dans la scène finale, ses agents n’essaient absolument pas de capturer Dillinger vivant (c’est comme l’histoire de Mesrine). La blague rapportée plus tôt, disant que Dillinger était recherché, wanted, non  pas « mort ou vivant » mais « mort ou mort », prend tout son sel.

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Johnny Depp ressemble-t-il vraiment à Dillinger ? Humm...

Evidemment, plutôt que Dillinger, ce que j’étais venue voir c’est Johnny Depp jouant John Dillinger, et je n’ai certes pas été déçue. (Cet animal ne vieillit pas ! Et il est aussi beau en gangster 1930 qu’en pirate des Caraïbes !) Depp partage avec son personnage cette sorte de noirceur qui lui donne sa profondeur et qui garde son mystère. Il est, évidemment, élégant, désinvolte et désespéré. Un aspect intéressant du film, c’est la similitude (y compris physique) entre Dillinger et son poursuivant, l’agent Melvin Purvis. On se dit qu’avec un aiguillage différent, à un moment donné, chacun aurait pu prendre la place de l’autre.

L’histoire d’amour de Dillinger avec Billie reste secondaire. Marion Cotillard se tire très bien, ma foi, de ce personnage un peu sommaire, partagé entre la fidélité exigée et un certain désir d’autonomie…

La reconstitution historique est absolument époustouflante, il ne manque pas un bouton de guêtre, comme on dit. Beaux costumes (Dillinger est un dandy qui travaille en costard-cravate), belles bagnoles, tout cela dans une gamme de noirs (film en couleurs qui fonctionne sur le noir et blanc…) Décors sublimes des grandes banques (ah les lampes Art Déco !) Une superbe scène de poursuite (et de fusillade évidemment) dans une forêt suggère d’autres arrière-plans : il n’y a pas que la ville qui peut être le lieu du crime.

Tout cela est bel et bon. Pourquoi alors n’ai-je pas pu adhérer davantage à ce film, je ne sais pas trop. Il est un peu trop long, aussi (2 h 12). (En la matière, Woody Allen est un orfèvre, jamais plus de 1 h 30.)

Le point de vue d’un blogueur

Images de chez Allociné et Wikipedia


[1] Le film évoque d’ailleurs l’émergence de cette notion, le besoin d’un outil de lutte contre le crime organisé qui puisse dépasser les limites des Etats américains ; innovation évidemment redoutée par les malfrats.

[2] Hoover a été le directeur du FBI de 1924 à sa mort en 1972. (Après lui, un mandat de dix ans a été instauré pour le chef du FBI.)

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