Dans la maison rouge

Je suis allée voir Villa Amalia, le film de Benoit Jacquot, sans avoir lu le livre de Pascal Quignard dont il est tiré. Je dis cela d’emblée parce que cela signifie que tout ce que je dirai ensuite ne se rapporte qu’au film, et que j’ignore quels ont pu être les éléments ajoutés ou interprétés par le cinéaste. J’ai bien l’intention de lire le livre, d’ailleurs. (Bien souvent il vaut mieux procéder ainsi, sous peine d’être déçu par les adaptations.)

villa-19051680_w434_h_q80

Si Villa Amalia peut nous atteindre tous, c’est parce que nous avons tous pensé, un jour ou l’autre, à changer de vie – faute de pouvoir devenir quelqu’un d’autre. A couper les ponts, à disparaître. Bien peu passent à l’acte. Mais la tentation demeure et fait que le sujet nous touche au-delà de toute similitude de circonstances.

Voilà un film bien simple à résumer, car peu importe le reste, le détail déclencheur qui fait que le personnage décide de passer à l’acte, etc. Ann – Isabelle Huppert, pratiquement constamment présente à l’écran – une fois déterminée, agit radicalement, dans cette entreprise démesurée d’ « éteindre » sa vie antérieure (toutefois, cette compositrice de musique ne cessera pas de composer…)

Au début, je n’ai pas pu m’empêcher d’être agacée par cette femme, par sa brutalité, par ses manières cassantes, par cela même que j’admire au contraire chez certaines personnes dans la vie, l’intégralité, l’intransigeance. Et en général me déplaisent les femmes qui claquent les portes et se baladent sans avoir besoin de sac à main. Comme le lui dit son seul ami, Georges (Jean-Hugues Anglade, excellent) : « tu n’es pas sympathique ». Non, Ann n’est pas sympathique, elle n’est pas faite pour ça. Et puis je me suis rapprochée du personnage et surtout du sujet, au fil de son errance à la recherche d’un lieu où elle pourrait enfin se poser et, simplement, être. Lieu qu’elle va trouver dans une île italienne, avec une vieille maison aux murs peints de rouge sombre en haut d’un promontoire – impossible de ne pas penser à la villa Malaparte de Capri, celle-là même où Godard avait tourné le Mépris

Villa_Amalia_ph4_550-2cc39

Vers la fin du film, une scène difficile – la rencontre d’Ann avec son père qui, dans son enfance, a abandonné sa famille – est magnifiquement traitée. Beaucoup de nuances rendues en peu de mots et d’images.

Quelques détails concrets m’ont un peu gênée, parce que j’ai l’esprit prosaïque. Il est difficile de disparaître complètement, de ne plus avoir ni adresse, ni compte en banque, ni rien de tel. Ann voyage et semble dépenser sans compter, est-ce qu’elle trimballe son magot dans son petit sac à dos ? Elle donne un faux nom à l’agence immobilière chargée de vendre son appartement. Cela nuit un peu à la crédibilité, mais ce ne sont que des détails.

belles photos de tournage sur le site de l’AFC, affiche chez Allociné

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s